La politique est entre autres un art du langage. Et en ces matières, Jean Lapierre faisait preuve d’une inventivité extraordinaire.
À tel point qu’au tournant des années 2010, je notais et commentais carrément les trouvailles qu’il nous proposait au 98.5, à LCN et à TVA dans un blogue, « Mots et maux de la politique », que je tenais sur le site du Devoir. J’y avais une catégorie « Lapierreries ».
Produit du terroir
Ses inventions langagières étaient marquées par ses origines des Îles-de-la-Madeleine, mais aussi d’un sens de l’observation trempé d’humour.
Ce qui m’avait amené à écrire, le 25 février 2009 : « Lapierre est une sorte de produit du terroir resté authentique, malgré ses années à Ottawa et à Outremont. »
Ce matin-là, il expliquait, au micro de Paul Arcand, les grands problèmes du chef libéral fédéral de l’époque, Michael Ignatieff. Dans les cercles libéraux, on a de plus en plus l’impression qu’Ignatieff n’est « pas défini ». Bref qu’il est, ose Lapierre, « comme un corps flottant dans la cornée, mais tu sais pas ce que c’est au juste ».
Le mois suivant. La situation économique est mauvaise. Il puise dans les adages de sa grand-mère : « Ça va empironner avant de s’emmieuter. »
Parlant de mauvaise situation financière, un jour de novembre 2009, Lapierre souligne que l’Action démocratique du Québec est sans le sou. Dans sa bouche, il se trouve « cassé comme un crucifix plumé ».
Le financement politique. C’est justement une chose que détestait Lapierre lorsqu’il était député et ministre : « Je me suis toujours senti comme un quêteux de luxe. »
À l’inverse, quand un parti traversait une fin de semaine de congrès facilement, grâce à de bons sondages, il ressortait deux expressions typiques : « Les gens heureux n’ont pas d’histoire ! » et « Quand ça va bien, ça organise bien ! ».
Et si un politicien se montrait un peu trop joyeux, il était, disait Lapierre, « heureux comme un chien dans une boîte de pick up ! ».
Quand, à l’inverse, une campagne ne se passe pas bien, comme celle de l’ADQ en 2008 ? « Mario Dumont, il est collé dans le fond de la poêlonne. »
Images percutantes
Certaines de ses expressions très drôles, mais plus personnelles passeraient-elles encore dans notre ère traumatisée à rien ? Juin 2009, Lapierre souligne les propos embrouillés du ministre de la Santé Yves Bolduc : « Je l’appellerais Docteur confusion. [...] Il dit qu’il veut lancer un appel au calme, mais je ne l’ai jamais vu aussi nerveux : les tics, les yeux y clignaient, le diable était dedans ! »
Octobre 2009, il reprend, à propos d’une députée, l’expression qu’il avait réservée jadis à Lise Thibault, la lieutenante-gouverneure reconnue coupable de fraude : « Elle est capotée sur le rack à skis ! »
Le style de Jean était tellement prisé qu’avec des amis de la Tribune de la presse, nous collectionnions les pastiches : « Une brouette, ça n’a pas de coffre à gants ! » « La gueule lui part avant le génie ! »
La gueule de Lapierre, elle, en tout cas, en avait du génie.
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