Plus accessible et plus diversifiée, la production d’armes à feu 3D est en voie de devenir un jeu d’enfants au Québec, ce qui en fait une menace non négligeable.
« On en voit beaucoup sur les réseaux sociaux, c’est populaire, c’est cool d’avoir des armes 3D. Il y a un volet créatif à tout ça », a résumé Me Ann Marie Prince, procureure de la Couronne.
Elle a pris la parole récemment en marge d’une webconférence de la Fondation du Barreau du Québec, en collaboration avec le bureau de Montréal du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Il s’agissait d’une rare incursion dans le monde des armes 3D, ce phénomène émergent au Québec qui a fait plusieurs adeptes dans les dernières années.
« Mon inquiétude, c’est qu’à un moment donné, tout va pouvoir être produit dans le confort de sa maison, ce qui va encore accentuer ce phénomène malheureusement trop populaire », a mentionné la procureure.
Rien que pour le coût de production, les criminels investissent d’abord de 3000 $ à 5000 $ pour se procurer le matériel informatique, comme l’imprimante, les outils ou encore les bobines de filament.
La facture s’alourdit d’environ 1000 $ en pièces par pistolet, et un peu plus pour les fusils.
Nombre inconnu
Une « personne débrouillarde peut aisément créer des dizaines d’armes fonctionnelles pour des groupes ou des individus criminalisés », a-t-il été rapporté durant la conférence.
En fait, « cette nouvelle réalité constitue un vecteur de prolifération des armes à feu qui n’existait pas il y a quelques années ».
La « grande problématique » est l’absence de numéros de série générés par le manufacturier et qui sont légalement obligatoires. Lors des saisies, les policiers sont ainsi incapables de connaître l’origine et l’historique.
« On ne peut pas les retracer et on ne peut pas les répertorier non plus, alors ça fait en sorte qu’à l’heure actuelle, on n’a aucune idée du nombre de ghost guns (armes fantômes) qui sont en circulation », a noté Me Ann Marie Prince.
En 2023, la police révélait, en marge de l’enquête « Reproduction », la découverte de 440 armes illicites à travers le Canada, dont des pistolets, des chargeurs à haute capacité et des silencieux imprimés. Il était même question de 52 imprimantes 3D.
Une vaste opération policière avait été menée dans plusieurs provinces canadiennes chez des trafiquants d’armes à feu fabriquées à l’aide d’imprimantes 3D, le mardi 20 juin 2023. Sur la photo, des policiers viennent de saisir une imprimante 3D chez un suspect habitant dans un immeuble résidentiel du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. Photo d'archives, Maxime Deland/Agence QMI
On rapportait à l’époque que la présumée tête dirigeante de ce réseau était un Montréalais qui importait des pièces en provenance de l’Asie, pour ensuite les revendre à différents fabricants partout au pays.
Pas fiables et pas légales
Plusieurs armes sont susceptibles de s’enrayer ou d’être moins performantes, voire d’exploser au visage des tireurs, prévient Me Prince.
« Le niveau de qualité, il n’est pas là du tout. Le contrôle de qualité, il n’est pas là du tout », a insisté la procureure.
Notons par ailleurs que le gouvernement fédéral a modifié, avec le projet de loi C-21, des articles du Code criminel. Par exemple, les armes prohibées regroupent maintenant toutes celles qui ont été fabriquées illégalement.
Il est interdit d’avoir ou d’importer des pièces, comme un canon ou une glissière, sans avoir de permis.
La possession ou la distribution de données informatiques à des fins de fabrication constitue une infraction.
Créativité inquiétante
Aux États-Unis, les amateurs d’armes à feu 3D font preuve de plus en plus de créativité. Voici des exemples recensés dans les dernières années :
- Dizaines de modèles de pistolets et armes d’assaut
- Couteaux
- Poings américains
- Chargeurs
- Lance-grenades
Source : webconférence de la Fondation du Barreau du Québec
Qui les a popularisées ?
L’Américain Cody Wilson a créé en 2013 le tout premier pistolet 3D fonctionnel, appelé Liberator.
Les fichiers d’impression ont été mis en ligne gratuitement en mai de cette année-là. Dans les heures et jours qui ont suivi, pas moins de 100 000 téléchargements ont été répertoriés.
Depuis, « la communauté d’armes 3D a connu une expansion sans précédent », a dit Me Ann Marie Prince.
Source : webconférence de la Fondation du Barreau du Québec
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