Le système d’éducation et d’enseignement supérieur québécois a été fondé durant la Révolution tranquille sur des valeurs d’égalité, d’accessibilité et d’excellence. Sur la base de celles-ci, l’État s’engageait à financer ces réseaux à la hauteur des besoins afin de répondre aux défis économiques, politiques et sociaux du Québec.
Alors que, plus de 60 ans plus tard, l’éducation et l’enseignement supérieur vivent de multiples problèmes qui menacent ses valeurs fondatrices, on se demande ce que proposeront les partis politiques pour faire face aux crises qui touchent nos réseaux ?
Les acteurs du milieu, toujours en première ligne, ont pourtant des solutions qui se heurtent au manque de ressources. Des États généraux permettraient d’établir un plan d’action clair qui aborderait, par exemple, la transformation de la profession enseignante, les problématiques du système scolaire, comme les inégalités ou le facteur humain, que trop ont tendance à subordonner à la technologie.
Une crise du financement et des infrastructures
Plusieurs gouvernements québécois ont misé sur une politique de compressions, privant ainsi la population étudiante de services auxquels elle a droit alors que ces réseaux sont en croissance, et que les besoins sont nombreux et diversifiés. La Vérificatrice générale prévoit même une autre cure d’austérité faute d’actions sur les revenus de l’État.
Nous nous attendons plutôt à ce que le prochain gouvernement donne les ressources financières adéquates aux réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur afin de faire face aux défis qui les attendent, notamment l’omniprésence de l’intelligence artificielle.
Ce sont près des deux tiers des cégeps, la moitié des écoles et 43 % des universités qui sont actuellement en mauvais état. Dans le cas des collèges, alors que, résultat de la croissance démographique, de plus en plus de jeunes y accèdent, ces personnes sont accueillies dans des infrastructures vieillissantes, mal adaptées à leurs besoins et généralement trop petites.
La rénovation majeure de ces infrastructures s’avère plus que nécessaire. Nous attendons d’un prochain gouvernement qu’il soit moins préoccupé par le « syndrome de la pépine » et des rubans à couper devant de nouveaux édifices que par la rénovation et l’amélioration des structures existantes.
L’accessibilité et l’égalité
Menés par des visions clientélistes et individualistes, nos réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur sont marqués par différentes formes d’inégalités et de discriminations, au point où certains parlent même de ségrégation. L’égalité des chances a cédé face à de multiples mécanismes de sélection qui, plutôt que de favoriser la mobilité sociale, reproduisent les classes sociales. À cela ajoutons le nombre grandissant d’élèves et d’étudiants en situation de handicap qui n’ont pas accès facilement au soutien qu’ils et elles méritent faute de moyens.
Quel système d’éducation et d’enseignement supérieur voulons-nous pour la prochaine génération ? Une réflexion sociale large nous semble nécessaire afin de faire le point et, 60 ans après la Révolution tranquille, de renouveler le pacte social d’un système scolaire démocratique, de qualité et accessible dans toutes les régions du Québec.
Benoît Lacoursière, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
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