Prends ton trou, le Québec

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Ce n’est pas seulement « une chicane » entre Paul St-Pierre Plamondon et Mark Carney sur le sommet de l’Union européenne et le Canada. 

C’est un choc de visions.

La première est celle du Québec. On se conçoit comme une nation. On ne se voit pas comme « une province parmi dix », mais comme « une nation parmi deux ».

Une vision bien différente de celle de Mark Carney, une sorte de « PDGisme » canadien, où il conçoit le Canada comme un pays avec un gouvernement supérieur à Ottawa et des gouvernements provinciaux qui lui sont subordonnés.

Mark Carney le mercredi 28 octobre 2026.

Mark Carney le mercredi 28 octobre 2026. Capture d'écran TVA Nouvelles

Le Québec, dans cette conception, peut être invité au souper, avec les autres provinces, mais ne doit pas déranger le PDG.

Question démocratique

Or, cette controverse dépasse une volonté de mettre le Québec sur mute.

J’écris « le Québec », car c’est important de le dire, ce ne sont pas PSPP, le PQ ou le gouvernement qui s’opposent à Mark Carney, mais l’entièreté de l’Assemblée nationale.

Carney, par cette affaire, risque d’ouvrir une boîte de Pandore : celle de la légitimité démocratique.

Personnellement, je suis plutôt eurosympathique : un rapprochement entre le Canada et l’Union européenne est porteur de belles promesses.

Mais ça pose tout de même des questions démocratiques. Qui a voté pour un tel rapprochement ? Qui sera à la table des négociations ? Qui l’approuvera ? Le Québec aura-t-il son mot à dire sur l’énergie, les minéraux critiques, l’IA, la mobilité des travailleurs et étudiants ?

Aujourd’hui, tout se décide dans un cercle très restreint, autour de Mark Carney et de quelques membres de l’élite politique fédérale. En dehors de ce cercle, personne ne sait ce qui se trame.

Pourtant, si le fédéralisme a eu du succès dans le passé, c’est lors des négociations sur le libre-échange. Mulroney avec Bourassa et Parizeau pour l’ALÉNA avec les Américains, puis Harper et Charest pour le libre-échange avec les Européens.

Et surtout le Québec a quelque chose à dire. D’original même : nos combats pour la diversité culturelle, contre les géants numériques et pour la réglementation de l’intelligence artificielle sont aussi menés par l’Union européenne. Mais Carney a abdiqué face à Trump là-dessus.

Chut

Au fond, toute cette affaire traduit un état d’esprit à Ottawa : le Québec n’a pas grand-chose d’important à voir et à dire.

Et je vais vous dire, le plus choquant a été d’entendre les propos de deux lieutenants libéraux du Québec.

Joël Lightbound a expliqué que le premier ministre est « invité au souper avec les autres premiers ministres, mais je le rappelle, c’est un sommet entre le Canada et l’Europe ». Puis Mélanie Joly d’ajouter une chose factuellement fausse : « La géopolitique, c’est une compétence fédérale ».

Dans la tête de Lightbound et de Joly donc, un sommet Canada-Europe ne concerne pas vraiment le Québec. Ça concerne les politiciens d’en haut, ceux d’Ottawa.

On ne dit pas ouvertement au Québec de « prendre son trou », mais l’esprit reste le même.

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