La violence dans les prisons du Québec a atteint un niveau jamais vu cette année. Les guerres entre gangs, la surpopulation, les livraisons d’armes, de drogues et de cellulaires par drones sont parmi les facteurs à blâmer. Le Journal s’est penché, à l’aide d’experts et de gens du milieu, sur cette inquiétante combinaison dont les impacts traversent les murs des prisons.
Les drones ont complètement changé les règles du jeu dans les prisons du Québec et ont bouleversé l’écosystème carcéral, permettant l’entrée massive de contrebande et l’augmentation des conflits liés aux dettes.
Téléphones cellulaires, armes blanches, stupéfiants et tabac passent régulièrement entre les murs des prisons grâce à cette technologie.
Selon Valentin Pereda, enseignant en criminologie, l’impact des drones varie énormément d’un établissement à l’autre selon son emplacement, son architecture et ses systèmes de détection.
« Mais plus il y a de contrebande qui rentre et plus ça crée de la compétition entre les personnes qui vont distribuer ces contrebandes », explique le spécialiste.
Et ces livraisons représentent un montant financier important. Faire entrer un drone dans un établissement coûte entre 5000 $ et 6000 $, d’après M. Pereda.
Pour réunir cette somme, certains détenus financent seuls les opérations, alors que d’autres se regroupent pour partager les coûts, ce qui génère d’importantes dettes et règlements de comptes, ajoute l’expert.
Saisies inefficaces
Malgré les efforts déployés pour repérer les appareils, le problème est très difficile à contenir.
« On a beau pouvoir détecter les drones, si on ne peut pas les intercepter, c’est un peu comme un coup d’épée dans l’eau », plaide Frédérick Lebeau, président national du Syndicat des agents correctionnels du Canada.
Les interventions ne permettent pas de freiner l’approvisionnement.
« On saisit des téléphones, mais si on en saisit deux, il en rentre quatre, ça fait que c’est toujours à recommencer », renchérit-il.
Et la présence de cellulaires permet aux détenus de coordonner, chaque jour, des activités criminelles depuis leur cellule vers l’extérieur, déplore Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.
« Ça fait des années qu’on réclame un système de brouillage d’ondes pour empêcher les drones de venir livrer de la contrebande. Ils n’ont jamais voulu investir, ils disent que ça coûte trop cher », déplore de son côté un agent correctionnel du pénitencier de Donnacona, qui a demandé à rester anonyme.
Cinq systèmes de détection sont actuellement déployés dans les établissements provinciaux et au moins quatre autres doivent s’ajouter en 2026.
« Ce qu’on a mis en place porte ses fruits et on le sent. Même qu’on voit des anciens stratagèmes ressurgir parce que les gens ne réussissent plus à introduire par les drones », assure Isabelle Mailloux, porte-parole des services correctionnels du Québec.
Service correctionnel Canada indique pour sa part qu’il renforce la sécurité de ses établissements grâce à des investissements ciblés, visant à mieux détecter et contrer les drones.
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