On fait quoi main­te­nant avec le sys­tème de santé ?

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Ancien député et ministre, professeur à HEC Montréal et chroniqueur au Journal, Joseph Facal est un observateur aguerri de la société québécoise. Dans une série de chroniques publiées du 23 mai au 7 juin, il se prononce sur les défis majeurs auxquels fait face le Québec d’aujourd’hui et sur les solutions qui s’imposent selon lui.

Le réseau de la santé souffre de multiples problèmes, mais le principal est l’accessibilité : il est de plus en plus difficile de voir un professionnel.

Les gens sont plus nombreux, vivent plus vieux et sont plus exigeants. La demande pour des soins augmente mécaniquement, et l’offre de soins ne peut suivre le rythme, d’où la détérioration de l’accessibilité.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) a voulu forcer les médecins à prendre en charge un nombre prédéterminé de patients sous peine de pénalités. Forcément, cela impliquait de réduire l’importance du paiement à l’acte dans leur rémunération.

C’était LE geste le plus important à poser. L’échec du gouvernement Legault ferme vraisemblablement cette porte pour l’avenir prévisible.

La rémunération à l’acte transforme le médecin en acteur économique. Beaucoup d’entre eux vont multiplier les actes courts et payants, délaisser les longs suivis, et moduler leurs horaires et leurs profils de pratique en fonction du revenu global et du mode de vie qu’ils souhaitent avoir. On répète cela depuis la fin des années 60.

Dans un contexte forcément marqué par cet échec de la CAQ, quels autres gestes pourraient être posés ?

Pomper encore plus d’argent dans le système tel qu’il est ne donnera pas beaucoup de résultats.

Voici quelques observations et suggestions :

1. Ouvrir la porte aux assureurs privés ?

Idéalement, on devrait s’inspirer de ce que font nombre de pays européens dans lesquels on permet à des assureurs privés de couvrir certains soins. Il est impossible de soigner 100 % des problèmes de santé de 100 % des gens avec un système financé uniquement par les impôts des 60 % de gens qui en versent.

Malheureusement, Ottawa rend conditionnel le versement annuel de son financement (12 milliards de notre propre argent en 2025-2026) au respect de la législation fédérale, qui fait de l’État le seul assureur, excluant donc la compétition par les assureurs privés.

Même l’imposition par le Québec de tickets modérateurs pour freiner un recours exagéré à des services publics est interdite par la loi fédérale. Ottawa n’a jamais voulu assouplir sa loi et garde le dernier mot.

2. Plus d’étudiants

Augmenter fortement le nombre d’étudiants de médecine et de médecins déjà formés recrutés à l’étranger. Les syndicats de médecins et le Collège s’y opposeront farouchement.

3. Plus d’infirmières d’ailleurs

Augmenter le recrutement à l’étranger d’infirmières et de personnel soignant, et les déployer dans les CHSLD, les soins intensifs et les salles d’opération. Voilà un secteur où une immigration bien pensée pourrait aider. Il faudrait aussi des conditions de travail qui donneront envie d’y rester.

4. Que les cas lourds à l’hôpital

Concentrer les soins lourds à l’hôpital, déplacer les autres soins vers une première ligne renforcée, et accroître les soins à domicile et les téléconsultations.

Photo dans l’urgence de l’Hôpital CHU Sainte-Justine, à Montréal, le mardi 11 novembre 2025.Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Photo dans l’urgence de l’Hôpital CHU Sainte-Justine, à Montréal, le mardi 11 novembre 2025.Photo Agence QMI, JOEL LEMAY Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

5. Miser sur le local

Donner plus de responsabilités, de pouvoirs et de ressources aux établissements et aux initiatives locales, notamment les coopératives de santé dans les localités mal desservies par les GMF et les CLSC, c’est-à-dire faire exactement le contraire de ce qui a été fait pendant les années Barrette.

6. Plus de pouvoirs aux professionnels

Donner plus de pouvoirs de consultation et de prescription aux pharmaciens, infirmières, ergothérapeutes, physiothérapeutes, etc. Ici encore, grosse bataille avec les médecins.

7. Mieux contrôler l’assurance médicaments

Imposer un réel contrôle sur les honoraires facturés par les pharmaciens aux assurés couverts par un régime privé, qui sont en moyenne le double de ceux de la RAMQ. Le gouvernement Legault l’envisageait, puis s’est écrasé devant les plaintes des pharmaciens. Idéalement, il faudrait procéder à cela dans le cadre d’une refonte globale du régime public d’assurance médicaments, dont les coûts sont hors de contrôle.

8. Informatiser notre système

Achever l’informatisation de chaque dossier médical. Cela traîne depuis des années. Beaucoup de professionnels passent énormément de temps à noircir du papier. On utilise encore le fax à l’heure de l’intelligence artificielle.

9. Miser sur la sensibilisation

De meilleures habitudes de vie diminuent les chances d’être malade. Les campagnes de sensibilisation restent essentielles.

Honnêtement, il est difficile d’être très optimiste.

On vous invite à réagir à la série de chroniques de M. Facal.

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