Eau: Jérôme-Forget avait sonné l’alerte (malhabilement) il y a 23 ans

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Parfois, on dirait vraiment que l’histoire bégaie au Québec.

C’est du moins l’impression que j’ai eue lorsque l’ancienne ministre Monique Jérôme-Forget, la semaine dernière, a lancé publiquement : « Il faut faire un virage, ça s’impose, parce que nos enfants n’auront plus d’eau. C’est-tu clair ? »

Elle venait de cosigner, avec l’économiste Nicolas Marceau – autre ex-grand vizir des Finances –, un rapport-choc, commandé par l’Union des municipalités du Québec.

Parmi leurs constats : nos infrastructures souffrent de 50 ans de négligence et de sous-investissement. Les maires devraient se résoudre à augmenter les taxes afin de financer les réparations de nos infrastructures.

Comme si la réalité se chargeait d’étayer l’analyse Marceau–Jérôme-Forget, Montréal, vendredi, implorait ses citoyens de diminuer temporairement leur consommation d’eau pendant tout l’été, le temps qu’une conduite majeure soit réparée.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Septembre 2003

Il y a (trop) longtemps qu’on s’inquiète des infrastructures en eau à Montréal.

C’est ici que l’histoire bégaie. Jérôme-Forget elle-même, le 14 septembre 2003, alors présidente du Conseil du trésor, avait déclenché une polémique monstre au sujet de... l’eau ! « Il y a plusieurs endroits au Québec où l’eau n’est pas adéquate. Actuellement, l’eau de Montréal, notamment, n’est pas de qualité aussi élevée qu’ailleurs [...]. Des milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour que l’eau soit d’une qualité acceptable. »

La déclaration avait eu l’effet d’une bombe. Le public se demandant s’il fallait faire bouillir l’eau à Montréal. Jean Charest avait rabroué sa ministre, rectifié les informations : à Montréal, la qualité de l’eau se situait « dans la moyenne canadienne ».

Le premier ministre précisait ce que Mme Jérôme-Forget avait « vraiment » voulu dire : les infrastructures du réseau d’eau étaient « désuètes » ; 40 % de l’eau traitée à Montréal fuitait !

Qu’a-t-on fait ?

Dès 2003, donc, nos dirigeants avaient exposé, sur la place publique, les graves problèmes du transport d’eau potable à Montréal. Qu’ont-ils fait depuis ? La réponse est évidente : pas ce qu’il faut ! Sinon, y aurait-il eu un geyser dans le Centre-Sud en août 2024? Sinon, faudrait-il rationner l’eau qu’utiliseront la plupart des Montréalais pendant l’été 2026?

Installer des compteurs d’eau, pour constituer une cagnotte permettant de financer une partie des travaux essentiels : l’idée fait son chemin. Une annonce avait été faite en 2009, mais l’opération a été abandonnée en raison... d’allégations graves de corruption !

L’idée des compteurs revient. Québec veut y réfléchir. Il y aura des résistances. Mais nos élus devraient se montrer responsables. Et faire comprendre que si l’accès à l’eau est un droit, le fait de gaspiller ce précieux liquide, non.

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