«C’était une torture pour lui»: un joueur de football avec une double fracture a dû attendre 95 minutes pour une ambulance, à Montréal

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Un joueur de football du Collège Ahuntsic a dû attendre pendant 1 h 35 min une ambulance alors qu’il souffrait le martyre d’une double fracture de la jambe droite, vendredi soir dernier, à Montréal.

« Après 30 minutes, l’adrénaline est passée et je commençais à avoir froid. J’étais au sol et je ne pouvais pas bouger », raconte Khalil Hajdi, 19 ans, maintenant cloué à son lit.

Le joueur de ligne offensive pour les Aigles du Collège Ahuntsic Khalil Hadji, vendredi dernier, lors du match contre le Cégep de Shawinigan, où il a subi une double fracture à la jambe droite.

Le joueur de ligne offensive pour les Aigles du Collège Ahuntsic Khalil Hadji, vendredi dernier, lors du match contre le Cégep de Shawinigan, où il a subi une double fracture à la jambe droite. Photo fournie par Malik Bédard

Le jeu fatidique s’est déroulé au quatrième quart, alors que les Aigles du Collège Ahuntsic affrontaient les Électriks du Cégep de Shawinigan.

Il ne restait qu’environ 10 minutes à jouer.

Lors d’une course au centre du terrain, celui qui évolue comme joueur de ligne offensive a été projeté au sol par un adversaire, alors que deux joueurs lui sont tombés sur sa jambe droite. Pendant sa chute, sa jambe a alors plié dans un angle impossible, lui cassant le péroné et le tibia.

Joueur de ligne offensive pour les Aigles du Collège Ahuntsic, Khalil Hadji est au sol après avoir subi une double fracture à la jambe droite, vendredi dernier, lors du match contre le Cégep de Shawinigan.

Joueur de ligne offensive pour les Aigles du Collège Ahuntsic, Khalil Hadji est au sol après avoir subi une double fracture à la jambe droite, vendredi dernier, lors du match contre le Cégep de Shawinigan. Capture d'écran YouTube Les Aigles du Collège Ahuntsic

Le jeune Khalil s’est tout de suite tordu de douleur au sol en hurlant et le 911 a été appelé. Urgences-santé confirme avoir été contactée vers 21 h 45, mais c’est seulement à 23 h 20 qu’une ambulance a pu arriver au complexe sportif Claude-Robillard, bien que l’appel ait été classé comme étant semi-urgent (voir plus bas).

Il a fallu 95 minutes pour qu’une ambulance vienne au chevet de Khalil Hadji.

Il a fallu 95 minutes pour qu’une ambulance vienne au chevet de Khalil Hadji. Capture d'écran YouTube Les Aigles du Collège Ahuntsic

Une « torture »

La mère du joueur, qui n’assistait pas à la rencontre, a eu le temps de se rendre sur place avant les secours.

« Du côté clinique, je comprends les priorisations d’appels et le fait qu’il était stable, qu’il était conscient, qu’il respirait. Mais de l’autre, c’était vraiment difficile pour mon cœur de maman de l’entendre crier de douleur. C’était une torture pour lui », laisse tomber Amira Thamri, qui est également médecin.

Trouvant l’attente trop importante, elle a décidé d’amener elle-même son fils à l’hôpital.

« Ça commençait à devenir dangereux, donc j’ai approché mon auto et plusieurs personnes se sont mises à essayer de le déplacer. Ça a été un bon 20 minutes de souffrance », a relaté la Dre Thamri.

Elle était prête à partir lorsque l’ambulance est finalement arrivée.

« Ils n’arrêtaient pas de s’excuser, ils se sentaient mal. Mais pour nous, il n’y a pas de rancœur contre eux. Étant dans le système de santé, je les comprenais », a-t-elle ajouté.

Désorganisation à l’hôpital

Après une attente de 95 minutes, l’expérience de Khalil ne s’est pas améliorée à l’hôpital Jean-Talon.

« La seule façon de décrire ça, c’est que c’était désorganisé. [...]  Ils manquent de ressources et de matériel, et ce sont les patients qui écopent », décrit la Dre Thamri.

Elle dénonce que moins de 24 heures après l’opération de son fils, on lui ait montré la sortie pour qu’il aille poursuivre sa convalescence à la maison.

« C’est comme s’il y avait une presse pour qu’il libère la chambre. Vous imaginez la douleur après une telle chirurgie ? déplore la maman. Ce sont des amis qui m’ont aidée à le sortir, car il n’y avait même pas de chaise roulante adaptée pour le déplacer sans qu’il ait mal. »

Khalil Hadji récupère donc tant bien que mal à la maison. Malgré cette blessure, il garde l’espoir de reprendre le sport qui lui tient tant à cœur dès la prochaine saison, tout en souhaitant qu’elle n’ait pas trop d’impact sur ses études en gestion des affaires.

Khalil Hadji espère que cette blessure n’aura pas d’impact sur son futur comme footballeur et aussi dans ses études.

Khalil Hadji espère que cette blessure n’aura pas d’impact sur son futur comme footballeur et aussi dans ses études. Photo Agence QMI, Joël Lemay

Une soirée à effectifs réduits et beaucoup d’appels

Le soir de la blessure subie par Khalil Hadji, Urgences-santé devait composer avec des effectifs réduits, si bien qu’il y avait huit ambulances de moins que la normale prévue pour répondre aux appels, selon nos informations.

« C’était une soirée avec beaucoup d’appels. À cinq reprises, une ambulance était en direction, mais elle a été redirigée vers un autre appel plus urgent », a expliqué Stéphane Smith, directeur des communications de l’organisme public.

« Nous ne souhaitons jamais qu’une telle situation survienne. [...] C’est pourquoi nous allons revoir comment cet appel a été traité et ce qui aurait pu être mieux fait comme décisions ce soir-là, en fonction des autres appels », a-t-il ajouté.

Manque de personnel

Autant Urgences-santé que le Syndicat du préhospitalier, qui représente les paramédics de Montréal et Laval, dénoncent le manque de personnel.

« C’est une situation chronique depuis des années, bien avant la grève, on dénonce le problème de temps d’intervention trop long depuis longtemps », fait valoir Claude Lamarche, président du comité exécutif du syndicat.

« C’est rendu la norme d’être short staffed comme ça. [...] Le système repose sur des paramédics qui font du temps supplémentaire tout le temps, ajoute-t-il. Beaucoup de gens quittent, ils sont écœurés. La rétention est horrible. »

Du côté d’Urgences-santé, on déplore le fait que la grève depuis juillet 2025 vient affecter les opérations, entraînant notamment la suspension de la supervision des stages pour les étudiants.

« Ce sont plus de 70 paramédics qu’on n’a pas pu embaucher », a estimé Stéphane Smith.

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