Les craintes formulées par Marwah Rizqy qui ont plongé le Parti libéral du Québec dans une crise éthique l’automne dernier étaient fondées. De l’argent public a bel et bien été utilisé à des fins partisanes pour la campagne à la chefferie de Pablo Rodriguez.
Dans un rapport vitriolique visant l’ancienne députée libérale Sona Lakhoyan, la commissaire à l’éthique lève le voile sur la transformation du bureau de circonscription de Chomedey en véritable « quartier général » des activités partisanes du coin durant la course au leadership.
L’élue a même entravé le travail d’investigation, ce qui lui vaut un blâme sévère du chien de garde du code d’éthique et de déontologie des députés, qui recommande une amende de 8000 $.
L’automne dernier, l’ancienne cheffe parlementaire libérale Marwah Rizqy avait congédié sa directrice de cabinet, Geneviève Hinse, après avoir notamment appris la tenue d’activités de financement partisan pour Pablo Rodriguez dans les bureaux de la députée Sona Lakhoyan. Ce geste fut l’élément déclencheur de la crise qui a secoué le PLQ et conduit à l’expulsion de Rizqy et, ultimement, à la démission de Pablo Rodriguez.
Le nouveau capitaine des rouges, Charles Milliard, a aussitôt fait savoir jeudi qu’il n’était pas question que Sona Lakhoyan soit réintégrée dans son équipe.
Plusieurs députés de toutes les formations politiques à l’Assemblée nationale se sont dits « choqués » par l’ampleur des manquements aux règles éthiques. « Mme Lakhoyan, c’est le symptôme, mais le syndrome, c’est la culture de la corruption au PLQ, a pesté la solidaire Ruba Ghazal. Elle doit démissionner, ça n’a pas de bon sens, elle n’est pas digne du poste de députée ! »
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Voici les manquements au code d’éthique relevés par la commissaire
Un bureau de comté transformé en « war room »
Durant la course à la direction du PLQ, le bureau de la circonscription lavalloise de Chomedey grouillait de monde et d’activités partisanes. La vente de cartes de membre du PLQ se faisait directement dans ces locaux, payés par l’Assemblée nationale. Aussi rémunérés par des fonds publics, les employés de la députée réalisaient du travail partisan pour promouvoir le candidat Rodriguez durant les heures de boulot, de jour comme de soir.
« Le Bureau de circonscription était alors un véritable centre d’appels ainsi que le point de chute des formulaires d’adhésion et de l’argent recueilli, lesquels étaient conservés dans ses locaux avant d’être transmis à la permanence du Parti », révèle le rapport de la commissaire à l’éthique. Celui qui était chargé de récupérer le tout pour la campagne de Pablo Rodriguez a même qualifié le bureau de comté de « war room », genre de centre opérationnel du membership.
Sa sœur avait une clé et le code de sécurité
Présidente du comité exécutif de l’association libérale de Chomedey, la sœur de Sona Lakhoyan était responsable du recrutement des membres. Elle avait installé ses pénates dans le bureau de comté durant la campagne au leadership et agissait parfois comme la « patronne » des employés, pourtant payés par l’Assemblée nationale. « [Sona Lakhoyan] avait d’ailleurs donné une clé du bureau de circonscription à sa sœur et lui avait fourni son code pour le système d’alarme, ce qui était connu des membres de son personnel, afin de lui permettre d’y avoir accès en son absence », lit-on dans le document.
La pression sur le personnel était grande pour participer aux activités partisanes. Plusieurs craignaient des représailles. « Sa sœur formulait des directives à leur endroit concernant les activités partisanes, directives qu’elle exprimait parfois de manière inappropriée, voire agressive. Les membres du personnel exerçant leurs fonctions à temps plein ont indiqué qu’ils se sentaient obligés d’acquiescer aux demandes de la sœur de la Députée par crainte de perdre leur emploi. »
« Suppression d’éléments de preuve »
Au cours de l’enquête de la commissaire à l’éthique, la députée Lakhoyan a fait disparaître des éléments de preuve. « Dans les heures suivant la réception du préavis d’enquête, la Députée a activé le mode éphémère et la fonctionnalité de confidentialité avancée d’un canal de discussion WhatsApp pour empêcher toute personne d’enregistrer des images et d’exporter l’historique de la conversation dans ce canal », lit-on dans le document déposé jeudi au Parlement. Le mode éphémère de WhatsApp permet d’effacer automatiquement des messages envoyés depuis un certain nombre d’heures ou de jours.
Plus encore, l’élue a tenté de convaincre son personnel du bien-fondé de sa version des faits et lui a même dicté les réponses à fournir. « Elle les a encouragés à dire qu’ils ne se souvenaient pas des situations sur lesquelles porteraient les questions », souligne Me Ariane Mignolet. Des faits et gestes qu’elle a niés à maintes reprises durant l’enquête, avant d’être informée de l’existence d’enregistrements.
.png)
1 week ago
6

















Bengali (BD) ·
English (US) ·