De nombreux itinérants suffoquent dans leurs tentes chauffées comme des serres en temps de canicule.
« Nos tentes sont des fournaises », déplore Manon Demontigny.
Lorsqu’elle relève un rabat de toile pour parler au représentant du Journal, un souffle chaud émane de sa tente. L’itinérante de 52 ans semble sur le point de s’évanouir.
Même une fois les deux côtés de la tente rouverts pour évacuer l’excédent de chaleur, il y fait encore au moins 34 degrés, comme l’indique un thermomètre. C’est humide, et il n’y a pas de ventilation.
« Ça s’installe graduellement au cours de la journée, et à un moment il faut vraiment sortir », soupire Mme Demontigny en allant s’asseoir à l’ombre d’un arbre pour l’entrevue.
Plusieurs de ses voisins ont leurs abris plantés sous la canopée le long de la piste cyclable qui traverse le parc Jean-Louis-Beaudry, collé sur la rue Notre-Dame, à Montréal.
« Ma tente est trop grande pour que ça rentre sur le terrain sous les arbres, alors je n’ai pas le choix d’être au soleil », se résigne-t-elle.
« Je m’asperge le visage »
« C’est sûr que je mangerais une coupe de popsicles en ligne », commente en riant un voisin de tente de Mme Demontigny, qui se présente comme « Sébass ».
« Mon vaporisateur d’eau est mon meilleur ami pendant la canicule : je m’asperge le visage et le torse », raconte Jocelyn Boyer, 58 ans.
Ce résident d’un 2 et demi avec un colocataire à Saint-Hyacinthe a cherché à fuir la chaleur de son logis en venant camper près de la rue Notre-Dame à Montréal, mais le revoici confronté au même problème.
« Ça fait beaucoup de bien, se vaporiser, alors je recommence aussitôt que je suis sec avant d’avoir encore chaud », continue-t-il.
Geneviève Lupien attend, assise et morose, dans la tente d’un ami.
« Ils ne veulent pas de moi dans un refuge près d’ici parce que j’ai déjà lancé une cigarette allumée dans les cheveux d’une intervenante », maugrée la femme de 52 ans.
Elle insiste pour dire que c’était un accident et qu’elle a été reconnue non coupable.
« Je ne sais vraiment pas quoi faire, je suis ici pour ne pas être toute seule », poursuit-elle en essuyant la sueur sur son front.
Même si la tente est à l’ombre, le thermomètre indique 30 degrés.
Depuis trois ans
Manon Demontigny vit dans la rue depuis trois ans à la suite d’une rénoviction qui lui a valu un dédommagement de 37 000 $ par le Tribunal administratif.
Cette victoire ne l’a pas extirpée de la rue.
« On m’a volé mon argent, et je ne peux rien faire, personne ne veut m’aider », déplore-t-elle.
Elle mendie souvent près des portes du supermarché Metro Morgan, mais là, il fait trop chaud pour ce gagne-pain.
« C’est la coquille imperméable sur ma tente qui emprisonne la chaleur, mais ce serait une erreur de l’enlever parce qu’il va peut-être y avoir de l’orage plus tard », estime-t-elle.
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4 days ago
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