Je suis présentement en Espagne, le pays de mes ancêtres.
J’assiste en direct à une initiative gouvernementale totalement à contre-courant de la tendance générale en Europe.
Partout ailleurs sur le Vieux Continent, on serre la vis en matière d’immigration légale et illégale.
On réduit les volumes d’immigrants légaux acceptés et on durcit les mesures d’expulsion des illégaux.
Clivage
En Espagne, le gouvernement Sanchez a plutôt décidé de régulariser la situation de 500 000 étrangers dits « sans-papiers ».
Ils doivent avoir déposé leur dossier entre le 16 avril et le 30 juin.
Parmi les critères d’admissibilité, il y a d’être arrivé sur le territoire avant la fin de 2025 et de ne pas avoir de casier judiciaire.
Les gens régularisés obtiendront un permis de résidence et de travail à durée limitée, mais renouvelable.
La Presse nous présentait récemment cette initiative de manière uniformément positive.
Dans les deux articles du reportage (R. Elkouri, 11 mai), j’ai recensé onze personnes citées ou mentionnées en faveur de l’opération, mais aucune qui était défavorable.
Quand on parcourt les médias espagnols ou qu’on évoque le sujet avec des Espagnols ordinaires, ceux qui ne sont pas des militants ou qui ne sont pas directement touchés, le portrait est moins clair.
De nombreux reportages font état de longues files d’attente, de confusion dans les exigences relatives aux documents requis, de fonctionnaires débordés, etc.
En gros, la droite est contre, la gauche politique et médiatique est pour, et les lobbys patronaux aussi.
Les syndicats sont embarrassés.
Les gens favorables disent : les sans-papiers sont déjà là, ils travaillent dans l’économie informelle, on manque de bras dans certains secteurs, et le pays vieillit.
Les sortir de cette quasi-clandestinité réduira la criminalité et facilitera la livraison des services publics.
De toute façon, il n’est pas réaliste, disent-ils, de s’imaginer qu’on pourrait trouver tous les illégaux et les expulser du pays.
Les gens défavorables disent : les services publics, déjà surchargés, ne pourront répondre à la demande, et cette mesure enverra un message qui incitera d’autres personnes à quitter leur pays et à vouloir rejoindre l’Espagne par tous les moyens.
Sur le plan économique, tous ces travailleurs, ajoutent-ils, exerceront une pression à la baisse sur les salaires.
La mesure n’a jamais fait l’objet d’un vote au Parlement.
Elle a été imposée par décret et souffre donc, selon plusieurs commentateurs, d’un déficit de légitimité démocratique.
Personnellement, j’échappe difficilement à l’impression que la mesure, sous ses allures de générosité, a aussi des visées électorales.
Les régularisés deviendront un jour des électeurs qui seront éternellement reconnaissants envers le parti qui leur a ouvert la porte.
Ici
Justin Trudeau avait envisagé un moment de faire pareil au Canada, mais il a reculé.
Je ne doute pas un instant que ce débat va revenir ici.
Cette mesure est en effet prônée par de nombreux activistes chez nous.
Nous avons tout intérêt à surveiller ce qui se passera en Espagne.
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1 week ago
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