Les proches d’une fillette grièvement blessée par deux cocktails Molotov lancés au hasard dans la chambre qu’elle partageait avec son frère ont livré de touchants témoignages des conséquences du crime odieux de Jason Pothier-Martin, qui s’expose maintenant à une peine de 11 années de détention.
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Photo de l’appartement où Jason Pothier-Martin a lancé deux cocktails Molotov le 20 août 2022 à Lévis, les objets incendiaires atterrissant dans une chambre où dormaient deux enfants. Une fillette de 3 ans a subi de graves blessures dans la tragédie. L’incendie a ravagé le petit lit rose où dormait la fillette et a provoqué d’importants dommages dans la pièce. Photo déposée en preuve au tribunal
« Comme mère, il n’existe pas de douleur plus grande que celle de voir son enfant souffrir sans pouvoir prendre sa place. »
Lors des observations sur la peine, jeudi, au palais de justice de Québec, la mère de la petite Laurie (prénom fictif) a témoigné avec émotion de l’événement survenu dans la nuit du 20 août 2022, à Lévis.
Quand deux cocktails Molotov ont fracassé la fenêtre de la chambre de la fillette, qui avait 3 ans à l’époque, et de son frère de 9 ans, la vie de cette famille tout entière a basculé.
Grièvement brûlée à un pied, la petite a dû subir des greffes de peau, avant de réapprendre à marcher.
Si elle se rétablit bien physiquement, le geste de Jason Pothier-Martin n’aura pas laissé que des cicatrices sur son corps.
« Ce qui me fait le plus de peine, c’est ce que mes enfants ont perdu. Leur sentiment de sécurité. Une partie de leur enfance. Leur insouciance », a insisté la mère de famille.
Angoisse
Le beau-père de Laurie a lui aussi pris la barre jeudi. C’est lui qui a sorti l’enfant de sa chambre, alors que son petit pyjama était en flammes.
Ces images et les cris de douleur de la petite l’ont marqué à vif.
Son domicile et chacun des bruits ou alarmes qui peuvent y survenir se sont transformés en angoisse et en stress.
Il ne peut plus dormir au rez-de-chaussée ni près d’une fenêtre. Et quand il parvient à s’endormir, les réveils sont constants, entrecoupés de cauchemars liés aux gestes incompréhensibles du délinquant.
« Le sentiment d’invasion et le harcèlement subi ont brisé [notre] paix d’esprit. Habiter l’espace familial est devenu une source d’angoisse plutôt qu’un refuge », a expliqué l’homme, ajoutant que le crime avait profondément affecté la santé mentale de la famille.
« Ce refuge que nous avions nous a été enlevé de force. »
Peine de 11 ans suggérée
Le ministère public a insisté sur « la sinistre loterie » à laquelle la petite Laurie, son frère, sa mère et son beau-père ont perdu le soir du 20 août 2022 en proposant au tribunal l’imposition d’une peine de 11 ans de pénitencier.
« Peut-on tolérer qu’un homme, pour des motifs totalement artificiels, en vienne à venir lancer des cocktails Molotov dans notre fenêtre en blessant des enfants ? [...] C’est terrifiant », a martelé Me Fabien Villemaire.
« Cet individu doit être écarté pour une longue période de la société. »
En défense, Me Louis Belliard a plutôt suggéré l’imposition d’une peine de six ans, ce qui implique que l’accusé pourrait sortir vu la détention provisoire.
« Je pense que son temps est fait et qu’il faut regarder du côté de la réhabilitation », a suggéré l’avocat de Pothier-Martin.
Le juge Pierre Lortie, qui avait déclaré le délinquant coupable au terme d’un procès, prononcera la sentence à la fin août.
Extraits des témoignages et des plaidoiries
« Plusieurs [personnes] auraient aimé être ici, mais ne peuvent pas supporter de te voir si indifférent face à ton geste que nous ne comprendrons jamais. [...] Nous espérons que la justice fera un exemple de toi. »
– La grand-mère de la petite victime s’adressant à Jason Pothier-Martin
« J’ai peur. J’ai peur des gens. J’ai peur lorsqu’il fait noir. Je ne me sens plus complètement en sécurité chez moi. [...] Les conséquences d’un geste comme celui-là ne s’arrêtent pas le soir où il est commis. Elles continuent pendant des années. Elles rongent une famille. Elles changent une mère. Elles changent des enfants. »
– La mère de la victime
« Il n’existe aucun mot assez fort pour illustrer l’horreur du geste posé par l’accusé dans la nuit du 20 août 2022. Depuis des semaines [je] me demande comment traduire avec les bons mots et le bon ton ce qui s’est passé cette nuit-là. C’est un crime complètement odieux, complètement gratuit. »
– Me Fabien Villemaire, procureur de la Couronne
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