Libéré après 33 ans derrière les barreaux, un Montréalais qui aurait été condamné à tort pour un quadruple meurtre est tellement rongé par l’attente d’une décision finale sur son sort qu’il a été hospitalisé en psychiatrie et pourrait même retourner en détention.
« La décision n’arrive pas et ça commence à peser lourd. On commence à se réintégrer davantage dans la société, mais est-ce qu’on se réintègre pour rien ? C’est ça la question », a illustré l’avocat de Daniel Jolivet, Nicholas St-Jacques, lundi après-midi.
Jolivet était sorti du palais de justice de Montréal comme un homme libre en décembre dernier, devant les flashs des caméras et devant des proches qu’il avait finalement pu serrer dans ses bras.
L’homme de 68 ans était détenu depuis 1992 pour les meurtres de deux trafiquants de drogue et de deux jeunes femmes, abattus à la mitraillette à la suite d’un règlement de comptes à Brossard.
Malgré sa condamnation à la prison à vie et des revers jusqu’en Cour suprême, Jolivet a toujours clamé son innocence.
Au fil des années, ses avocats du Projet Innocence Québec ont monté un dossier pour prouver qu’il était en fait la victime d’une erreur judiciaire.
En attente
Cet automne, la Couronne avait avoué que Jolivet n’avait probablement pas eu droit à un procès « juste et équitable ». Une juge avait ensuite ordonné sa libération sous conditions en attendant une décision du ministre fédéral de la Justice.
Mais six mois plus tard, Daniel Jolivet vit dans l’incertitude en attendant cette réponse.
« Ça joue beaucoup dans la tête de M. Jolivet, de ne pas savoir si on retourne en détention ou non. C’est difficile de se réintégrer complètement », a souligné Me St-Jacques.
Cautions retirées
Deux autres avocats, qui s’étaient portés garants de Daniel Jolivet, auraient rencontré de la difficulté à assurer un suivi auprès de lui ces dernières semaines, une obligation de la Cour pour assurer sa liberté. Ils ont ainsi demandé de retirer leur engagement.
Le sexagénaire aurait ainsi dû automatiquement retourner derrière les barreaux lundi.
Daniel Jolivet s’est toutefois rendu à l’urgence psychiatrique dans les heures précédant l’audience.
« Considérant qu’il est allé chercher les soins pour soigner son état mental, on espère que les choses vont se replacer et que la supervision va pouvoir reprendre comme elle se doit », a précisé Me St-Jacques.
La requête a ainsi été radiée. Si les deux cautions n’ont toujours plus confiance en Daniel Jolivet après son séjour à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, une nouvelle demande sera déposée à la cour.
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