Des juges de Montréal sont exaspérés de devoir patienter parfois plus d’une heure avant que les détenus puissent être présents à leurs audiences, eux qui poireautent dans le sous-sol du palais de justice par manque d’agents correctionnels.
« Nous sommes comme des passagers pris sur la piste de décollage et le pilote dit : nous sommes les prochains. Une heure plus tard, nous sommes encore là », a illustré le juge Dennis Galiatsatos, visiblement irrité, la semaine dernière au palais de justice de Montréal.
Le magistrat présidait alors le procès de Roody Louis, un Montréalais accusé de vol qualifié dans un hôtel du centre-ville en 2023.
Au retour de la pause d’avant-midi, il a patienté pendant plus d’une heure dans l’espoir de voir arriver l’accusé de 44 ans dans la salle d’audience.
Louis était pourtant présent dans les quartiers cellulaires situés au sous-sol de l’immeuble. Le hic ? Aucun agent correctionnel n’était disponible pour l’escorter et demeurer avec lui dans le box des accusés.
Aucun haut placé ne pouvait non plus répondre aux appels des juges qui demandaient des mises à jour en matinée.
Tout le personnel de la cour a quitté pour le lunch, avant que l’accusé puisse être de retour pour la suite de son procès.
Ce jour-là, le nombre d’agents était « au minimum opérationnel », a plus tard indiqué en salle d’audience Marco Steinberger, un responsable des services correctionnels.
Moins de détenus
Avant la pandémie, plus d’une centaine de détenus étaient transportés quotidiennement jusqu’au palais de justice de Montréal. Mercredi dernier, seulement 31 prévenus s’y trouvaient, a-t-il été indiqué à la cour. De plus en plus d’accusés assistent à leur audience par visioconférence depuis l’établissement de détention.
« Beaucoup de coupures ont affecté le palais de justice depuis [2020] », a avoué M. Steinberger.
L’an dernier, 22 750 transferts de détenus ont été effectués vers des palais de justice, selon le ministère de la Sécurité intérieure. Six ans plus tôt, pas moins de 72 600 transports avaient été complétés au Québec.
Malgré des demandes du Journal, le ministère a été incapable de recenser le budget alloué aux agents correctionnels attitrés au palais de justice de Montréal, ni leur nombre.
Plus d’une centaine d’agents étaient en poste avant la pandémie, selon leur syndicat. Ils ne seraient actuellement qu’une quarantaine.
« Il y a des enjeux de postes vacants ou absents. Les remplacements ne sont pas toujours comblés », a souligné Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ–CSN).
D’autres pauses
Dennis Galiatsatos n’était malheureusement pas le seul juge à avoir poireauté de longues minutes en attendant des détenus la semaine dernière, selon nos informations.
Le début d’une enquête préliminaire de meurtre a été retardé d’une heure à Montréal, car l’accusée, Prescilla Fournier Tobal, n’avait toujours pas été transportée du sous-sol jusqu’à sa salle d’audience.
Deux jours plus tard, une autre enquête préliminaire de meurtre a été retardée de plusieurs dizaines de minutes, car les agents correctionnels n’étaient pas disponibles pour accompagner les trois accusés, Francis Berthelette, Denis Bonin et Paul Cloutier.
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