Carte Inspire : Buvez vite vos points SAQ avant qu'il ne soit trop tard

2 days ago 5

J’ai reçu cette semaine un message inquiétant de la part de la SAQ.

Photo d'archives Agence QMI, JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

Plus spécifiquement, le programme Inspire me menaçait, si je ne venais pas acheter de l’alcool d’ici trois mois, de désactiver mon compte et de me faire perdre mes points.

Je risque donc de perdre mon solde de...1,45 $.

La fidélité au monopole

On a beaucoup critiqué le programme Inspire de la SAQ. Pourtant, sur le plan technique, c’est plutôt réussi. La carte, l’interface, les promotions...

Mais pourquoi diable un monopole d’État a-t-il besoin de me « fidéliser »?

Photo Pierre-Paul Poulin

Chose certaine, la SAQ offre, lorsqu’on fait des achats réguliers, l’un des pires rendements de l’industrie. Chaque dollar dépensé vous donne droit à 0.5 % de remise.

En comparaison, mon café du coin, qui fonctionne toujours avec des petites cartes à étampes, me donne un café gratuit tous les 10 cafés. Une remise de 10 % !

Chez McDonald’s, MonMcDo offre 6 %. Le programme LEGO Insiders, quant à lui, redonne automatiquement 5 %.

C’est 10 fois plus généreux que la SAQ !

Le programme Inspire n’est pas vraiment un programme de fidélité. Personne ne se lève le matin et change ses décisions de vie pour aller économiser un demi-pourcent. Inspire ou pas, si vous voulez boire, vous allez boire.

Inspire, c’est une vaste entreprise de capture de données personnelles à rabais. Une société d’État flexe son pouvoir monopolistique pour capturer vos informations personnelles, afin d’écouler ses produits de la manière la plus efficace possible.

Et si vous arrêtez de boire – comme c’est largement mon cas – le gouvernement vous rappellera qu’il est temps de recommencer.

Choisir son poison

Je ne suis pas le seul à avoir réduit ma consommation ces dernières années.

Depuis 10 ans, le volume d’alcool vendu au Québec a diminué de 3.4 %. Et si on le rapporte à la population, la baisse est plutôt de l’ordre de 12 %.

Je vieillis, j’imagine, mais me faire réveiller à 6h par mes enfants surexcités avec un mal de tête de la veille, on dirait que j’en ai moins envie.

Il y a aussi de nombreuses études scientifiques qui établissent un lien entre la consommation d’alcool et la dégénérescence du foie et du système neuronal, l’Alzheimer, le cancer, l’hypertension, les chances d’AVC.

Face à cette baisse naturelle de la demande, la SAQ déploie donc son attirail marketing.

L’État est dépendant

Il faut dire que Québec continue d’exiger des sociétés d’État des rendements toujours croissants. Les dirigeants de la SAQ font leur travail.

Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

Dans les circonstances, je m’interroge sur les motivations de la SAQ et de son programme Inspire qui me menace de me couper ma carte et mes points. Est-ce que l’État est vraiment en train de me dire de m’empoisonner pour maintenir son bénéfice ? Que ses profits sont plus importants que ma santé ?

Et si j’étais un alcoolique, qui avait « enfin » réussi à s’en sortir, est-ce que ce petit message voulant entretenir ma dépendance ne serait pas déplacé ?

Non contente d’avoir réussi à me convaincre de lui donner toutes mes infos pratiquement sans contrepartie, la SAQ veut maintenant changer mon comportement.

Rappelons-le, la « Commission des liqueurs » est née d’un compromis politique et moral qui visait à concilier les exigences du clergé catholique avec la volonté... de boire !

Une entité morale de l’après-prohibition ne devrait pas, pour des motifs économiques, oublier que son rôle, c’est d’abord de ne pas nuire.

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