Des victimes alléguées d’abus sexuels au sein du diocèse de Québec ont témoigné à cœur ouvert de leurs profondes cicatrices lors d’une audience visant à faire entériner une entente historique de 31,5 M$ pour les dédommager.
Gaétan Bégin et Pierre Bolduc, les deux individus à l’origine du recours collectif, se battent depuis six ans pour être indemnisés avec leurs pairs qui souffrent en silence depuis des décennies.
Une étape de plus a été franchie, jeudi, alors que le règlement hors cours de l’action collective, qui est intervenu en mai entre les parties, a été présenté au palais de justice de Québec.
« Vous m’avez eu à l’usure. L’entente, j’en suis très satisfait, mais la façon dont ça s’est fait, c’est inhumain. On peut comparer ça à de la torture psychologique », a laissé tomber M. Bolduc lors de son témoignage.
À seulement 12 ans
Ce dernier avait 12 ans quand il affirme avoir été agressé par un curé pédophile. Il n’a jamais digéré le fait que son bourreau a simplement été changé de paroisse plutôt que d’être confronté par ses patrons.
Il a tenu à regarder directement les défendeurs, notamment les représentants du Diocèse qui se trouvaient dans la salle d’audience.
« Comment justifiez-vous d’avoir négocié aussi longtemps avec vos victimes pour une question d’argent ? Vous vouliez sauver de l’argent », a-t-il accusé.
Gaétan Bégin, qui allègue également avoir été agressé par un prêtre alors qu’il était adolescent, a évoqué une « journée historique ».
« J’ai 86 ans. Mais le petit gars qui s’est fait “voler” à 13 ans, il suit tout le temps », a souligné l’octogénaire.
« On arrive à une fin heureuse. Il ne faut pas l’oublier. Puis moi, je ne reste pas dans la culture de la haine », a-t-il précisé.
Excuses du diocèse
Il est évalué qu’environ 200 personnes pourraient être admissibles au recours collectif. Une dizaine d’autres hommes et femmes ont d’ailleurs tenu à prendre la parole pour expliquer à la juge Danye Daigle toute l’ampleur des séquelles causées par les agissements des préposés de l’Église.
Mgr Jean Tailleur, évêque auxiliaire à Québec et vicaire général, a affirmé qu’il comprend la frustration des victimes.
« Au nom de l’Église catholique du Québec, je tiens sincèrement à vous présenter nos excuses les plus sincères. Les situations dont vous témoignez vont totalement à l’encontre du message chrétien que nous portons », leur a-t-il dit.
Le montant de 31,5 M$, si l’entente est approuvée, deviendra le plus élevé jamais accordé par un diocèse québécois à des victimes d’agression sexuelle.
L’accord prévoit que 25 % de l’enveloppe, après la soustraction de certains frais juridiques, sera destinée à la rémunération des avocats.
La journée a débuté de façon chaotique. Les représentations de Me Justin Wee, qui pilote l’action collective, ont débuté avec un retard de deux heures en raison de problèmes techniques et ce que la juge a qualifié de « chicane » entre deux cabinets d’avocats pour le partage des honoraires.
Outre le Diocèse, le Séminaire de Québec, le Collège François-de-Laval (anciennement le Petit Séminaire de Québec) et l’Assurance mutuelle des Fabriques du Québec sont également signataires et participeront au fonds qui sera constitué.
La juge Daigle a pris sa décision en délibéré.
Ce qu’ils ont dit
« Vous, hommes de Dieu, n’obtiendrez pas notre pardon aujourd’hui. Non. Parce que nous sommes bons, nous vous souhaitons bonne chance pour gagner votre ciel. » — Pierre Bolduc, l’un des deux demandeurs à l’origine du recours collectif
« Les montants d’argent ne pourront jamais effacer ce qu’on a vécu. Mais avoir justice pourra mettre un baume sur nos souffrances et nous permettre de tourner cette page d’horreur que l’on a tous vécue, les victimes. » — Gaétan Bégin, autre représentant de l’action collective
« C’est une bonne entente. Ça évite un procès, ça évite aux gens de venir témoigner. Et nous, on croit vraiment à cette entente qui va permettre d’amorcer un processus de guérison. » — Mgr Jean Tailleur, évêque auxiliaire à Québec et vicaire général
« On espère que la juge va approuver l’entente de règlement. C’est au bénéfice de tous les membres. » — Me Justin Wee, qui pilote le recours collectif
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4 days ago
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