Un vent de droite

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Le 4 octobre dernier, le Brésil allait aux urnes pour élire un président, des sénateurs et des députés. Quelque cent soixante millions d’électeurs étaient appelés à choisir entre plusieurs candidats à la présidence, mais la lutte se faisait surtout entre deux candidats totalement opposés. Le premier, Lula da Silva, quatre-vingts ans, le président sortant et chef du puissant Parti des travailleurs (PT), sollicite un quatrième mandat non consécutif. Il affronte le sénateur Flavio Bolsonaro, quarante-cinq ans, fils de l’ancien président d’extrême droite du Brésil Jair Bolsonaro, qui purge actuellement une peine de prison de vingt-sept ans pour tentative de coup d’État à la suite de sa défaite en 2022 face à Lula. Un peu comme Donald Trump avait voulu faire à la suite de sa défaite face à Joe Biden, en appelant ses partisans à prendre d’assaut le Capitole. Mais lui, Donald Trump, n’a jamais été incarcéré, du moins pas encore.

Alors que les sondages donnaient Lula légèrement en avance, avec deux à quatre points, c’est finalement le fils Bolsonaro qui a remporté le premier tour avec un pourcentage de 47,03 % des votes, contre 45,13 % pour Lula, soit moins de 2 points de différence.

Trois autres candidats se partagent les votes restants, soit 7,31 %, mais il est peu probable que leurs électeurs favorisent le président sortant. Pour pouvoir l’emporter lors du second tour, le 25 octobre, Lula doit d’abord et avant tout compter sur ceux qui ont annulé leurs votes ou ont voté en blanc, et surtout sur ces 20 % d’électeurs paresseux qui ne sont pas allés voter. Cela représente plus de trente-trois millions d’électeurs, ce qui peut faire pencher la balance. Ce sont bien souvent des électeurs non motivés, qui se disent que leurs votes ne changeront pas grand-chose au résultat final. Ce n’est plus le cas maintenant. C’est là son seul espoir. Il a maintenant moins de trois semaines pour convaincre ces électeurs apathiques que leur vote peut très certainement contribuer à améliorer leurs conditions de vie pour les prochaines années.

Flavio Bolsonaro bénéficierait de l’appui de la Maison-Blanche, comme ce fut le cas récemment en Colombie avec la victoire du candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella contre le successeur du président de gauche sortant, Gustavo Petro. Une ingérence inadmissible mais qui se répète d’une élection à l’autre. Rien à voir avec les rumeurs d’ingérence dans les élections au Québec.

Paradoxalement, alors qu’aux États-Unis, au cœur même de l’empire, on assiste à un léger glissement à gauche dans l’électorat, avec l’arrivée de candidats progressistes au sein du Parti démocrate, l’Amérique latine bascule progressivement à droite. Seuls quelques pays font exception. Outre les cas de Cuba et du Nicaragua, l’Uruguay résiste tant bien que mal à cette vague autoritaire, avec à sa tête un gouvernement issu du Frente Amplio, une coalition de gauche, de même que la République Coopérative de Guyana, enclavée entre le Venezuela et le Brésil, tandis que le Mexique, sous la gouverne de Claudia Sheinbaum, s’affirme de plus en plus comme le principal bastion de résistance au rouleau compresseur états-unien, rôle qu’a perdu le Venezuela depuis la mise sous tutelle de ce pays par les États-Unis, le 3 janvier dernier, avec la séquestration de son président et de son épouse députée.

Perdre le Brésil serait un coup dur pour les progressistes que nous sommes. Ce Bolsonaro fils, qui s’empresserait de libérer son père condamné à plus de vingt-sept ans de prison, irait rejoindre les Milei en Argentine, l’homme à la tronçonneuse, les Bukele au Salvador, l’homme à la main de fer, les Fujmori au Pérou, la fille de l’ex-président condamné pour crime contre l’humanité, les Noboa en Équateur, plaque tournante des cartels de la drogue, les Kast au Chili, cet émule avoué du dictateur Pinochet, les Asfura au Honduras, aux prises avec le taux d’homicides parmi les plus élevés d’Amérique latine. Dans ce sombre tableau, deux exceptions : le Guatemala, avec un gouvernement qualifié de centre gauche, et le Panama avec un gouvernement qualifié de centre droite.

Au cours de la première semaine d’octobre, le tandem Trump, alias Capitaine Crochet, et Rubio, celui qui voulait être calife à la place du Grand Calife, tous deux toujours aussi obsédés par la résistance cubaine, ont multiplié les manœuvres militaires dans le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes en pourchassant, intimidant et arraisonnant des navires en provenance du Mexique et acheminant de l’aide humanitaire à Cuba. Du grand piratage. Si, selon eux, Cuba est un pays en faillite, comment qualifierait-on un pays où en trois jours seulement, soit du 2 au 4 octobre, se sont produits 249 fusillades, 270 morts et des centaines de blessés, dont plusieurs enfants ?

Lire cette chronique en écoutant Les Yankees, de Richard Desjardins. Écrite en 1988, cette chanson est terriblement d’actualité.

« Le président m’a commandé/de pacifier le monde entier/Nous venons en amis, believe me/Maint’nant assez de discussion/Et signez-moi la reddition/Car bien avant la nuit/Nous regagnerons la Virginie/Oh v’là les Yankees V’là les Yankee/ Easy come, Wisigoths/V’là les Gringos ! »...

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