Trump a un problème: la popularité de Carney

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Le Canada tient tête à Trump. En fait mieux : Carney humilie Trump en se retirant, la tête haute, d’une négociation qui menait droit dans le mur. 

Excepté la Chine, pratiquement personne n’a osé défier l’administration Trump aussi ouvertement. À part le Canada.

Le reste du monde regarde la stratégie canadienne. Parce qu’au fond, le Canada répond à une question que plusieurs capitales se posent : est-ce que ça vaut la peine de dire non à Trump ?

Politiquement, résister, quitte à ce que ça fasse mal économiquement, est populaire. La popularité de Carney a augmenté, même au Québec, depuis qu’il s’est retiré de la table.

Et Trump, Lutnick et Greer le savent trop bien.

Diviser pour mieux régner

Leurs apparitions publiques pour dire que Carney est un menteur, qu’il n’a jamais été question de langue française à la table de négociation, visent à le dépouiller de son principal atout : l’appui de la population.

Ils veulent fissurer ce bloc d’appui pour mieux le mater lorsque tout ce beau monde finira inévitablement par revenir à la table.

Mais en affaiblissant Carney auprès de ses propres appuis, Trump envoie aussi un avertissement au reste du monde.

Regardez ce qui arrive à ceux qui me disent non.

Si Carney ressort politiquement amoché de cette confrontation, le message sera limpide : résister a un prix. Pas seulement économique. Un prix politique, auprès de votre propre population.

Le Canada est donc devenu un cas test. Si Carney réussit à tenir tête à Trump sans en payer le prix politiquement, d’autres pourraient être tentés de l’imiter. Si son appui s’effrite, Trump aura démontré qu’il peut faire plier un adversaire sans même obtenir sa capitulation.

Et les Américains ne sont pas les seuls à vouloir voir Carney affaibli.

Le PQ voudrait bien se dresser devant le méchant Ottawa. Le Bloc voudrait bien gagner l’élection de Chicoutimi. Poilievre voudrait bien lui accoler une étiquette négative. Chacun fait de la politique. C’est normal.

Carney aussi

Il a probablement beurré épais sur le français lorsqu’il a justifié son retrait des négociations. Il savait qu’au Québec, cet argument allait résonner.

Mais il n’a jamais dit que c’était l’unique raison derrière sa décision. Il a aussi parlé de la capacité du Canada à signer d’autres ententes et des tarifs imposés à l’industrie automobile. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître.

On peut questionner Carney. On doit même le faire. Mais faut-il pour autant accorder davantage de crédibilité à des menteurs professionnels comme Lutnick et Trump ?

Il y a une différence entre demander des comptes à son premier ministre et reprendre la stratégie de communication de la Maison-Blanche.

Car Trump ne cherche pas seulement à faire plier Mark Carney.

Il veut démontrer au monde entier que quiconque ose lui dire non finira par en payer le prix.

Économiquement, bien sûr.

Mais surtout politiquement.

Et si nous faisons nous-mêmes le travail d’affaiblir Carney à sa place, Trump aura réussi son pari sans même avoir gagné à la table de négociation.

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