Séries sur Luc Poirier, Olivier Primeau, les Abbatiello : pourquoi les riches nous fascinent-ils autant?

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Après une incursion dans la vie de luxe du self-made milliardaire Luc Poirier, c’est au tour de l’entrepreneur Olivier Primeau – pas encore milliardaire mais richissime quand même – d’exposer son quotidien « de gars d’affaires » en trois épisodes sur la plateforme Crave. La richesse n’achète visiblement pas que le confort. Devant la fascination du public envers le fameux 1 %, elle semble aussi offrir une influence sur le contenu produit au Québec.

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« On dit souvent que le Québec est riche en pauvres et pauvre en riches », lance l’économiste et responsable des relations gouvernementales à l’Observatoire québécois des inégalités (OQI), Geoffroy Boucher. 

Sa récente analyse sur la concentration extrême de la richesse détenue par une poignée de familles d’ici démontre pourtant le contraire. 

Dans la province, 19 940 familles détiennent chacune un patrimoine d’au moins 10 millions de dollars. Dans le lot, 590 possèdent une fortune d’au moins 100 millions de dollars et 27 sont milliardaires. 

Et ce fameux « 1 % » ne se contente pas d’être riche : près du quart de la totalité du patrimoine économique du Québec appartient également à ce groupuscule. 

Pendant ce temps, près de 700 000 de personnes vivent sous le seuil de pauvreté au Québec, selon l’analyse de l’OQI. 

Le public en redemande

Les nombreuses séries documentaires sur la vie d’entrepreneurs fortunés diffusées sur la plateforme Crave de Bell Média – et l’engouement de l’auditoire pour ce contenu – font écho à l’analyse de l’économiste. 

L’an dernier, le public a pu constater l’ampleur de la richesse de l’investisseur immobilier Luc Poirier dans les trois épisodes de Luc le milliardaire ? animés par Pierre-Yves McSween. 

La fortune de ce self-made-man « qui a été élevé dans un HLM de Longueuil par une mère prestataire de l’aide sociale », dit-on, est aujourd’hui évaluée à près d’un milliard de dollars. 

La série est un succès et la population en redemande. 

Crave ne fait ni une ni deux : Olivier Primeau, pas encore milliardaire sera diffusée sur la plateforme à compter du 15 juillet. 

Pierre-Yves McSween se plongera cette fois dans le quotidien de l’influenceur et homme d’affaires aux multiples entreprises, afin de comprendre si la marque « Olivier Primeau » est synonyme de millions ou d’une popularité qui dépasse les revenus. 

Du contenu « de marde »

Mais Crave ne s’arrête pas là. 

La famille derrière le groupe Abbatiello – dont le chiffre d’affaires tiré de ses quelque 200 restaurants atteint 250 millions de dollars – aura aussi droit à sa série documentaire dès l’automne prochain : Salvatoré : une recette de famille

Rappelons que le groupe s’est retrouvé au cœur d’une controverse en mars 2025 pour les propos tenus par son coprésident au sujet de l’argent public « dilapidé » dans le financement de la culture québécoise. 

Louis Deschenes 

Si le milieu culturel doit « toujours demander de l’argent » au gouvernement, avait suggéré Guillaume Jr Abbatiello, c’est peut-être parce que le contenu est « de la marde ». 

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Un an et demi plus tard, sa famille et lui seront les vedettes de ce dit contenu. 

Une seconde série sur une entreprise familiale québécoise, Les Guzzo, verra également le jour sur Crave en 2027. Le documentaire promet d’explorer la vie de luxe du propriétaire des cinémas du même nom, Vincenzo Guzzo.

Le mythe du self-made-man

Pourquoi la vie des ultrariches fascine-t-elle autant le public ? 

« On est dans un contexte où les gens ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Ça fait envie de voir le quotidien d’une personne qui habite de grandes maisons, fait des voyages et s’habille en marques de luxe », suggère la chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Julia Posca. 

« Et c’est devenu chose normale d’exposer toute cette richesse », ajoute la sociologue. 

L’émergence dans les dernières années d’un discours méritocratique associant la fortune aux qualités individuelles, aux efforts et aux risques ne serait pas étrangère à la multiplication des séries documentaires sur la vie des ultrariches, selon elle. 

« On montre un Luc Poirier, parti de rien, qui est devenu riche à la sueur de son front pour réussir à bâtir un empire immobilier. On rappelle qu’il doit avoir toute notre admiration en tant que self-made-man », explique Julia Posca. 

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« Mais on oublie que la condition à son enrichissement repose entre autres sur l’inabordabilité des loyers stimulée par ses activités de spéculation immobilière », ajoute-t-elle. 

Le discours du 1 % est ainsi repris par les producteurs et réalisateurs qui l’exposent, sans le critiquer, comme une sorte de vérité à un public qui ne pourra probablement jamais accéder à un tel luxe. 

« Les self-made-men sont une exception parmi les ultrariches. La vaste majorité dispose déjà de conditions socioéconomiques favorables à leur enrichissement », précise par ailleurs la chercheuse de l’IRIS. 

À quand un regard critique ?

Dans cette marre de contenu célébrant les grandes fortunes, un contre-mouvement, plus timide, apparait néanmoins sur nos écrans. 

« La série White Lotus ou le film Triangle of Sadness critiquent l’opulence des ultrariches avec colère et dégoût, même, en les présentant sous un jour beaucoup moins flatteur », illustre Julia Posca. 

Peu de productions québécoises proposent un tel regard sur la vie des richissimes, pour l’instant du moins. 

« On vit encore avec l’idée qu’il n’y a pas de riches au Québec, mais l’émergence de ces séries sur Crave pourrait éventuellement créer un contre-mouvement similaire à la télé et au cinéma », conclut la sociologue.

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