Prendre soin de celles qui prennent soin

1 week ago 18

Chaque jour, dans nos hôpitaux, nos CLSC, dans nos centres d’hébergement et dans la communauté, des milliers de professionnelles en soins veillent sur la santé des autres. Elles accompagnent, rassurent, soignent, soulagent, souvent dans des conditions difficiles, parfois au prix de leur propre équilibre. En cette fin de la Semaine de la santé mentale, prenons collectivement un temps d’arrêt pour nous poser une question essentielle : qui prend soin de celles qui prennent soin ?

La santé mentale n’est pas un concept abstrait. Elle se vit, elle se fragilise, elle s’épuise. Pour les infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques, la charge émotionnelle du travail est immense. Être exposées quotidiennement à la souffrance, à la détresse, à la maladie et parfois à la mort fait partie de la profession. Mais ce qui use le plus, ce ne sont pas uniquement ces réalités humaines : ce sont les conditions dans lesquelles le travail est exercé.

La pénurie persistante de personnel, la charge de travail excessive, l’instabilité des horaires et l’exigence permanente de « faire toujours plus avec toujours moins » laissent des traces profondes sur la santé psychologique des professionnelles en soins. Épuisement intense, anxiété, détresse morale et sentiment de perte de contrôle ne relèvent pas de défaillances individuelles : ils révèlent un système arrivé à ses limites.

Sur le terrain, la pression vécue par les soignantes se traduit par des absences pour fatigue ou blessures, une culpabilité persistante de ne pas pouvoir offrir tous les soins requis et un profond malaise éthique. Coincées entre leurs valeurs professionnelles et des contraintes organisationnelles, elles subissent une usure psychologique qui, trop souvent, mène à l’épuisement et à l’effondrement progressif de leur santé mentale.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 4500 infirmières du réseau public québécois sont actuellement en arrêt de travail parce qu’elles sont épuisées ou blessées. Ces absences ne sont ni des choix personnels ni un manque de rigueur professionnelle. Elles révèlent un système qui rend ses travailleuses malades et qui alimente un cercle vicieux : plus il y a d’absences, plus la charge de travail s’alourdit pour celles qui restent, augmentant ainsi les risques d’épuisement.

Trop souvent encore, on demande aux travailleuses de s’adapter, de faire preuve de résilience, comme si la solution reposait uniquement sur leur capacité individuelle à encaisser. Or, la santé mentale n’est pas qu’une affaire personnelle : elle est profondément collective et organisationnelle. On ne peut pas parler de bien-être sans parler de conditions de travail décentes, de respect, de reconnaissance et de marges de manœuvre professionnelles réelles.

Prendre soin de la santé mentale des professionnelles en soins, c’est leur donner le temps de respirer. C’est mettre fin aux pratiques qui épuisent. C’est assurer des équipes stables, complètes et humaines. C’est permettre une véritable conciliation travail-vie personnelle. C’est surtout écouter ce que les travailleuses disent depuis des années et agir, au-delà des discours et des campagnes de sensibilisation.

En cette Semaine de la santé mentale, je souhaite que l’on cesse de traiter la détresse comme un problème individuel à gérer en dehors du travail. Le travail fait partie du problème, donc il doit faire partie de la solution. Investir dans la santé mentale des professionnelles en soins, c’est investir dans la qualité et la sécurité des soins offerts à toute la population. Prendre soin de leur santé mentale, ce n’est pas un luxe. C’est une responsabilité collective, urgente et incontournable.

Julie Bouchard, présidente
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ

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