Le retour des empires

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En novembre 2024, Donald Trump n’avait pas encore été assermenté pour son deuxième mandat lorsqu’il a reçu à sa résidence floridienne, Mar-a-Lago, une délégation de Canadiens menée par le premier ministre Justin Trudeau.

Cette rencontre avait été organisée d’urgence après que Trump, alors président élu, eut menacé d’imposer des droits de douane de 25 % sur toutes les importations canadiennes si le Canada ne renforçait pas le contrôle de sa frontière contre l’immigration irrégulière et le trafic de fentanyl.

Après la rencontre, plusieurs médias ont rapporté que Trump avait lancé, sur un ton mêlant humour et provocation, que si le Canada ne pouvait survivre économiquement sans les États-Unis, il pourrait devenir le 51e État américain.

La naïveté de Justin Trudeau

Trudeau avait jugé très positive cette étrange rencontre, au cours de laquelle le président élu avait semblé se moquer de lui. Le premier ministre avait quitté les lieux le cœur léger, avec l’impression que les querelles avec Donald Trump étaient choses du passé.

Trudeau avait interprété les fanfaronnades de Trump sur la souveraineté du Canada comme un signe de camaraderie.

De toute évidence, il avait mal déchiffré l’attitude du président. Cette soirée du 29 novembre 2024 allait constituer, en fait, le dernier clou dans son cercueil politique. Le 5 janvier 2025, il remettait sa démission.

Un peu plus d’an plus tard, le nouveau premier ministre Mark Carney ne savait toujours pas sur quel pied danser face à l’irrationalité de Trump.

Ce dernier était revenu à la charge des dizaines de fois à propos de son désir de faire du Canada le 51e État américain. Du même souffle, il disait vouloir mettre aussi la main sur le Groenland, un territoire appartenant au Danemark, un autre allié des États-Unis.

Les guerres mondiales du 20e siècle avaient marqué la fin des grands empires contrôlés par l’Occident. Les États-Unis avaient d’ailleurs joué un rôle prépondérant dans ce mouvement de décolonisation. Mais Donald Trump voyait les choses autrement, à preuve, l’enlèvement et la prise en otage, en pleine nuit, du président vénézuélien Nicolas Maduro en début de janvier.

Le vice-roi de l’Amérique du Sud

L’administration américaine a mis à la tête de ce très important pays d’Amérique latine l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qui doit communiquer quotidiennement avec le secrétaire d’État des États-Unis Marco Rubio. Celui-ci contrôle les finances et les ressources naturelles du pays, principalement le pétrole, dont le Venezuela était autrefois l’un des plus grands producteurs mondiaux.

Devinez qui sera chargé de l’extraction et de la vente du pétrole ? Des compagnies américaines au détriment des Européens qui assuraient jusqu’à maintenant l’exploitation de ce secteur.

Marco Rubio a maintenant un sobriquet, que le président aime utiliser en privé. Il l’appelle le vice-roi du Venezuela. Entre-temps, les États-Unis étouffent Cuba et préparent sans doute son inclusion dans le nouvel empire américain.

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