La mission du Parti nul : annuler votre vote

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La loi électorale ne permet pas d’annuler son vote au Québec : les bulletins « blancs » ou volontairement invalides sont aussitôt rejetés lors du dépouillement. Comment faire pour signifier son insatisfaction à l’égard du système tout en exerçant son droit de vote ? La solution se trouve peut-être dans le Parti nul.

« Le fait d’être désaffranchi du système doit être entendu. La meilleure façon de le signifier en ce moment est l’abstention, même si ce n’est pas la bonne solution », lance le candidat dans Laurier-Dorion pour le Parti nul, Mathieu Marcil. 

La formation politique fondée en 2009 par son chef, Renaud Blais, en est à sa cinquième participation aux élections générales du Québec. 

Cette année, 34 candidats se présentent dans autant de circonscriptions à travers la province. 

Photo Facebook / Parti nul 

La mission du Parti nul : offrir aux électeurs orphelins ou en désaccord avec le système électoral – qui repose sur un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour – la possibilité de s’exprimer aux urnes. 

Ça compte, annuler son vote ?

« Le système compte les abstentions, mais pas les votes délibérément annulés avec des insultes, des blagues, des petits bonshommes, plusieurs cases cochées ou aucune », fait valoir le chercheur et professeur de science politique à l’UQAM, Francis Dupuis-Déri. 

Ces bulletins sont comptabilisés dans le taux de participation, mais pas dans le résultat du scrutin. Ils sont aussitôt rejetés par Élections Québec, sans savoir s’il s’agit d’une erreur ou d’une réelle position politique. 

Photo Facebook / Parti nul 

Lors des dernières élections provinciales en 2022, près de 1,4 % (56 316) des bulletins de vote ont été rejetés. 

Le Parti nul avait pour sa part obtenu 0,03 % (1074) des voix. 

« On n’a pas de plateforme. On veut juste offrir la possibilité aux électeurs d’annuler leur vote », résume le candidat Mathieu Marcil, qui représente le Parti nul depuis 2012. 

Il rappelle également que les bulletins de vote invalides sont exclus du calcul de l’aide financière annuelle accordée aux partis politiques. 

« On fait des campagnes à zéro dollar. On n’a pas de budget, en fait. On ne fait donc pas de publicité : l’information circule par bouche-à-oreille majoritairement », explique Mathieu Marcil. 

En 2014, le Parti nul avait obtenu son plus haut score à vie avec 0,18 % des votes (7539). 

« Pour une option qui n’est à peu près pas connue et ne présentait que 24 candidats, ce n’est pas rien », dit-il. 

Refuser d’aller aux urnes

En près de 30 ans, le taux de participation électorale a chuté de plus de 12 % dans la province jusqu’à atteindre 66,15 % lors du dernier scrutin en 2022. 

Le tiers de l’électorat boude donc les urnes au Québec. 

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Parmi les raisons évoquées par les abstentionnistes : 17 % ont dit qu’ils « n’aimaient pas ou n’avaient confiance en aucun parti, chef ou candidat », selon un sondage de BIP Recherche. 

« Les gens qui ne vont pas voter sont présumés désinvestis de la politique, et ceux qui votent en blanc comme s’ils ne savaient pas comment fonctionne le système électoral », déplore Mathieu Marcil. 

« Il y a pourtant une catégorie d’abstentionnistes tout à fait intéressée à la politique et qui peuvent en argumenter, y compris les personnes pauvres et marginalisées », ajoute le politologue Francis Dupuis-Déri qui signait, en 2019, le plaidoyer sur l’abstention Nous n’irons plus aux urnes. 

Il souligne par ailleurs que près de 98 % des Mohawks au Québec refusent de voter. 

Pour la majorité des membres de ces communautés, participer aux élections serait synonyme de légitimer des gouvernements coloniaux et reconnaître une autorité externe sur leur propre territoire. 

Réformer le système

Plusieurs abstentionnistes critiquent également le système électoral québécois qui repose sur un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour : le candidat obtenant le plus de voix dans une circonscription remporte le siège. 

Un gouvernement peut ainsi obtenir la majorité à l’Assemblée nationale, avec une minorité du vote populaire. 

En 2022, la CAQ de François Legault a été élue avec 40,98 % des votes. Elle a néanmoins remporté 72 % des sièges au Parlement du Québec – 90 sur 125. 

Le Parti québécois, qui est actuellement meneur dans les sondages, avait quant à lui récolté 14,61 % des voix contre 2,4 % des sièges – 3 sur 125. 

Comme le Parti nul, les détracteurs du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour dénoncent son manque de proportionnalité et les distorsions démocratiques qu’il génère. 

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La CAQ s’était pourtant engagée à modifier le système électoral en accédant au pouvoir en 2018. La promesse n’a visiblement pas été tenue. 

« Parmi notre élite politique, il y a régulièrement des promesses de changer le système. Les politiciens sont non seulement des menteurs et des opportunistes égoïstes, ils préfèrent avoir le pouvoir qu’un système électoral amélioré. La réforme nuirait à leur parti », signale Francis Dupuis-Déri de l’UQAM. 

« Je n’ai absolument aucun espoir que le système va changer », conclut le chercheur.

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