Nos chroniqueurs Josée Legault et Mario Dumont ont deux visions opposées dans le débat sur l’école à trois vitesses et l’avenir de l’éducation au Québec.
L’opinion de Mario Dumont : une chimière
Le débat sur l’école publique est bien mal engagé au Québec avec cette invention des groupes de gauche : l’école à trois de vitesse. Une appellation qui joue la carte classique de sous-entendre l’existence d’une injustice flagrante.
D’abord, réglons une chose, la vie est injuste. Trois jeunes sont bons au basketball, celui qui mesurera 6 pieds 7 aura plus de chance de jouer dans la NBA. Un enfant se fait couper des doigts dans un accident, ses possibilités de devenir pianiste s’en trouvent amochées.
Donc pour les écoles, il n’existe pas trois vitesses, il en existe vingt, trente, quarante. L’école en ville, l’école dans un milieu rural, l’école multiculturelle, l’école d’un quartier riche, l’école dans une communauté isolée du Québec, l’école en milieu défavorisé, etc. Le rôle de l’éducation publique est d’offrir, malgré toutes ces différences, la meilleure chance de s’épanouir à tous les enfants.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
D’où c’est sorti ?
L’expression « école à trois vitesses » a donc été créée par des gens qui veulent une réforme égalitariste (à tendance socialiste) du système d’éducation. Les supposées trois vitesses seraient le privé, les écoles à projets particuliers (international, sport-études, arts-études) et la troisième vitesse, la laissée pour compte, l’école dite régulière.
On reconnaît parmi les pourfendeurs de l’école à trois vitesses des groupes qui s’attaquaient depuis longtemps à l’existence d’écoles privées. Syndicats, groupes sociaux, comités de parents des quartiers très à gauche de Montréal, la fronde est partie de là.
Ces gens-là sont loin d’avoir tort sur toute la ligne. Ils ont raison de dire qu’il faut renforcer l’école publique. Faut-il aller jusqu’à implanter des formes de projets particuliers partout pour propulser les talents de chaque jeune ? Peut-être. Faut-il investir dans l’école comme milieu de vie ? Les installations sportives ? Probablement.
Ils soulèvent aussi un point valable lorsqu’ils mettent en doute le coût élevé de certains programmes sport-études qui constitue une barrière à l’entrée pour certaines familles. Faut-il des prêts d’équipement à prix réduit ? Impliquer des fondations privées pour aider à financer l’accès de ceux qui ne pourraient pas se le permettre ? Cela se fait ailleurs.
On pourrait aussi demander aux écoles privées de sélectionner moins sur la base des notes, d’accueillir davantage d’élèves avec des besoins particuliers. Plusieurs le font déjà et d’autres l’offrent.
L’erreur
Le problème qui me fait fuir le discours des chevaliers de l’école à trois vitesses est double. D’abord, il y a la crainte d’aller jouer dans le système pour défaire tout ce qui fonctionne bien et ramener tous les jeunes dans la portion du système dite à problème. Le développement des programmes sport-études par exemple a contribué à la baisse du taux de décrochage. C’est une réussite.
L’autre problème, c’est qu’on sent bien que pour passer de trois à une vitesse, leur plan serait de ramener tout le monde en première et non l’inverse. Le Québec ne pourrait se permettre ce genre de nivellement par le bas.
L’opinion de Josée Legault : le leurre du libre choix
L’éducation. Certains premiers ministres, dont François Legault, ont juré la main sur le cœur qu’ils en feraient leur priorité des priorités. Ils n’ont pourtant rien fait pour mettre fin au régime scolaire à trois vitesses.
Rien, malgré qu’il soit, selon le Conseil supérieur de l’éducation, le « plus inégalitaire au Canada » parce qu’il produit un régime scolaire de « ségrégation » sociale et économique.
Bref, au lieu de favoriser l’égalité des chances pour tous les élèves, il reproduit les inégalités. C’est gravissime.
Ces trois vitesses sont l’école publique régulière, l’école publique à programmes sélectifs et l’école dite privée, mais subventionnée par les fonds publics à hauteur de 75 %.
Au Canada anglais, les rares écoles privées ne reçoivent pourtant aucune subvention publique.
Résultat : au Québec, les élèves du public régulier ont un taux de diplomation nettement inférieur à ceux du réseau privé subventionné.
Cette semaine, une étude de la Direction régionale de santé publique de Montréal montre aussi que les élèves du public régulier sont même beaucoup plus frappés par des problèmes de santé mentale et physique qu’au privé.
Choisir pour qui ?
Dans toute société responsable, la classe politique stopperait une telle injustice sur le champ. Mais pas ici. Les raisons ?
Contrairement au Canada anglais, nos élites tiennent dur comme fer à faire subventionner pour leurs enfants des écoles privées de meilleure qualité. Elles brandissent aussi le fameux argument du « libre choix » des parents.
Sauf qu’il a comme effet de sacrifier l’avenir des élèves du réseau public régulier alors qu’au Canada anglais, un réseau public intégré produit de meilleurs résultats pour tous et favorise une meilleure mixité sociale, économique et culturelle.
Ce sujet de la mixité est central. Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon l’a abordé. Comme pour Québec solidaire et le Parti libéral du Québec, il propose aussi des États généraux sur l’Éducation.
Excellent. Sauf que si l’école à trois vitesses n’y était pas enfin remise en question, l’exercice aurait raté l’éléphant dans la pièce.
Contre l’intérêt commun
Défendre le fameux « libre choix » des parents reprend en fait le même argument utilisé dans les années 60 et 70 pour protéger le « libre choix » des parents entre l’école anglaise et française pour leurs enfants.
Or, ce sacro-saint « libre choix » faisait que 85 % des nouveaux arrivants choisissaient « librement » l’école anglaise pour leurs enfants. Ce qui, à terme, aurait sonné le glas pour le français dans la région métropolitaine.
C’est pourquoi, contre vents et marées dans l’opinion publique, le gouvernement Lévesque, avec sa loi 101, a imposé l’école primaire et secondaire en français à tous les élèves sauf ceux de la minorité anglophone.
En mettant fin au « libre choix » des parents pour la langue d’enseignement, il a choisi de protéger l’intérêt commun.
En nourrissant les inégalités et la non-mixité, l’école à trois vitesses et son « libre choix » des parents mettent tout autant aujourd’hui l’intérêt commun en danger. Finira-t-on enfin par le comprendre ?
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6 days ago
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