Étienne A. Beauregard: La CAQ a gagné la bataille des idées, mais perdu ses électeurs

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elections quebecA voter drops a ballot into a box at the Church of Saint Andrew and Saint Paul during Quebec's provincial elections in Montreal, Quebec, Canada, on Photo by ALEXIS AUBIN/AFP via Getty Images.

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En 2018, François Legault réussissait l’impossible en devenant premier ministre du Québec à la tête d’un nouveau parti, la Coalition Avenir Québec. Ce rassemblement d’ex-péquistes, libéraux et adéquistes promettait de réformer le modèle québécois et de défendre l’identité québécoise, au-delà des anciens clivages entre fédéralistes et souverainistes. Presque huit ans plus tard, Legault n’est plus premier ministre, et son parti est troisième dans les sondages, mais le nationalisme de centre-droit est plus populaire que jamais au Québec.

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Que s’est-il passé? Les attentes envers ce nouveau gouvernement, qui promettait de casser les codes pour faire plus et faire mieux, étaient élevées. Cela explique sans doute pourquoi la déception fut d’autant plus brutale durant son second mandat.

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L’attrait réformateur de la CAQ venait historiquement de sa posture critique face à la social-démocratie québécoise, qu’elle promettait de rénover. Au pouvoir, la CAQ a baissé l’impôt sur le revenu, la taxe scolaire et plafonné la hausse des tarifs étatiques à 3 pour cent par année, freinant la capture toujours plus importante des revenus des contribuables. Mais les changements structurels promis ne sont pas venus.

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Au contraire, le gouvernement a frappé un mur de par son refus de remettre en cause l’approche interventionniste en vigueur depuis la Révolution tranquille. En voulant choisir des gagnants et miser gros sur la filière batterie, la CAQ a fait des investissements impopulaires dans des compagnies comme Northvolt et Autobus Lion, qui ont ensuite sombré. Bien qu’ils ne soient pas représentatifs de l’ensemble, ces cas sont devenus des symboles des excès d’implication de l’État dans l’économie. Additionnés à des déficits importants et une hausse des effectifs de la fonction publique, ils ont créé une véritable demande politique pour réduire la taille du gouvernement québécois.

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En matière d’identité, la CAQ avait choqué les bien-pensants en 2018 en dénonçant des seuils d’immigration trop élevés et en promettant d’en réduire le nombre, ce qu’aucun parti de gouvernement n’avait fait de mémoire récente. Dans son premier mandat, la loi 21 sur la laïcité de l’État et la loi 96 sur la protection du français, quoi qu’on puisse en penser, ont redonné une dynamique au nationalisme québécois et montré que l’affirmation identitaire demeurait possible dans le cul-de-sac constitutionnel actuel.

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En immigration, le portrait est plus contrasté. Alors que les seuils permanents sont demeurés bas, l’immigration temporaire a explosé, passant d’environ 150 000 en 2018 à plus de 500 000 en 2026. Si le gouvernement fédéral, particulièrement sous Justin Trudeau, partage la responsabilité de cet échec, cette augmentation drastique de l’immigration a attiré son lot de critiques, notamment chez les nationalistes qui ont voté à deux reprises pour la CAQ dans l’espoir de réduire les arrivées au Québec, sans succès.

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Le parti se trouve donc aujourd’hui face à un curieux paradoxe. Ses idées plus à droite, que les médias décrivaient comme corrosives en 2018, sont désormais plus populaires que jamais…partiellement en raison de ses difficultés à les mettre en application. Huit ans plus tard, la Coalition Avenir Québec est parvenue à créer une demande politique pour un nationalisme de centre-droit, mais elle n’en récolte pas les fruits.

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