Du Brexit au Québec: la malédiction référendaire de Mark Carney

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Une malédiction plane sur Mark Carney. Il suffit qu’il apparaisse quelque part pour qu’il soit aussitôt question de référendum. Dans trois jours les Albertains se prononceront sur la tenue d’un éventuel référendum sur l’indépendance de la province. Et s’il faut en croire les augures, il devra en affronter un autre drôlement plus important dans deux ans au Québec.

Heureusement Mark Carney n’en est pas à ses premières armes. J’étais à Londres en 2016 lorsque celui qui était alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, s’était immiscé dans le débat sur le Brexit. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque. Rarement un haut fonctionnaire de cette importance n’avait osé trahir à ce point son devoir de réserve pour se mêler de politique partisane.

L’« Opération Peur »

À l’époque, il avait été désigné comme l’« architecte de l’Opération Peur » (Fear Project). Celle-ci consistait à effrayer les Britanniques à l’idée de quitter l’Union européenne. Une sorte de coup de la Brink’s à la sauce à la menthe.

Comme Jean Chrétien et Pierre Trudeau avant lui, Carney avait annoncé que le « oui » plongerait le Royaume-Uni dans l’une des pires récessions de son histoire et que l’incertitude atteindrait un niveau inégalé depuis la crise de l’Euro en 2009. Non seulement la récession attendue ne s’est jamais produite, mais six mois plus tard, il dut faire amende honorable en reconnaissant sur le site Politico qu’à la suite du Brexit, l’instabilité financière menaçait plus l’Europe que le Royaume-Uni.

L’ancien boursier Rhodes et banquier d’affaires n’est pas du genre à s’en laisser conter. Nul doute qu’il sait parfaitement que la menace albertaine n’a strictement rien à voir avec celle du Québec. Mais il est pratique d’entretenir la confusion.

Cela permet de banaliser un exercice de souveraineté populaire dont l’enjeu est la survie d’un peuple en le ravalant à une banale opération de chantage économique. Ce n’est pas dénigrer le « Wild Rose Country » que de reconnaître qu’il faut plus que des sables bitumineux pour fabriquer une nation.

Un avant-goût

Interrogé sur les rumeurs d’ingérence américaine dans la politique canadienne, en septembre dernier, le porte-parole de l’ambassade américaine avait répondu : « L’avenir du Québec relève du Québec ».

Mark Carney serait-il prêt à reprendre cette formule mot pour mot ? Le 8 octobre, il en avait préféré une autre : « l’avenir du Canada va se décider par les Canadiens et les Canadiennes ». Tout est dans les détails.

Si l’homme a une conviction, c’est celle de la mondialisation et des organisations supranationales. D’où sa proximité avec les bureaucrates européens. Rappelons-nous son discours des plaines d’Abraham aux relents coloniaux dans lequel il faisait de la Conquête un symbole de « partenariat » et de « collaboration ».

Sa campagne de peur lors du Brexit pourrait n’être qu’un avant-goût. Et le référendum de lundi une simple mise en train.

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