Deux Dominique Dumas dans une circonscription : des partis utilisent un clone pour déstabiliser le vote

4 days ago 11

Il n’y a pas que les cinq grandes formations politiques qui permettront à l’électorat de s’exprimer lors du scrutin du 5 octobre prochain. Quinze partis marginaux sont aussi dans la course et pourraient même réussir à déstabiliser le vote dans les circonscriptions où la lutte est serrée grâce à une stratégie bien précise : le candidat clone.

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Dans la circonscription de Chutes-de-la-Chaudière, à Lévis, sept candidats se disputent un siège à l’Assemblée nationale – dont deux qui portent le même nom. 

Le premier Dominique Dumas, qui représente le Parti conservateur du Québec (PCQ), est en tête des sondages. L’ancien animateur de la station Radio X obtient 34 % des intentions de vote. 

Capture d'écran Choix Radio X 

Sa plus proche rivale : la députée sortante de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Martine Biron, qui en récolte 27 %. 

Le deuxième Dominic Dumas, lui, est candidat pour le Parti nul. 

Ses chances d’être élu sont aussi faibles que le nom de sa formation politique. Mais, si suffisamment de personnes se trompent de Dumas, peut-être réussira-t-il à déstabiliser l’électorat dans une circonscription où la course est serrée. 

Un « vrai » et un « faux » homonyme

« La stratégie du candidat homonyme (ou clone) est utilisée depuis plusieurs années par les petits partis plus émergents, mais elle reste marginale. Dans la littérature, on n’a jamais observé son effet réel sur une victoire ou une défaite », souligne le chargé de cours en science politique à l’Université de Montréal, Simon Dabin. 

Le cas le plus connu est celui du « faux » René Lévesque lors de l’élection provinciale de 1963 dans la circonscription de Montréal-Laurier. 

Cette année-là, un nouveau candidat vedette se lance en politique avec le Parti libéral du Québec (PLQ) : René Lévesque, 37 ans, ancien journaliste très connu de Radio-Canada. 

René Lévesque tente un coup au billard dans une taverne de Québec, le 10 avril 1979.

Courtoisie Jacques Nadeau / La Presse canadienne 

René Lévesque tente un coup au billard dans une taverne de Québec, le 10 avril 1979.

Il brigue la circonscription de Montréal-Laurier, occupée depuis 1948 par l’Union nationale, contre un second candidat « libéral indépendant » aussi appelé René Lévesque. 

Personne ne sait d’où il sort, mais plusieurs soupçonnent l’Union nationale d’être derrière le coup. 

« Les libéraux ont massivement mobilisé les électeurs pour leur faire comprendre qu’ils devaient voter pour René Lévesque le journaliste. Le stratagème a failli fonctionner. Le vote dans Montréal-Laurier a été très serré », raconte le professeur spécialiste de l’histoire politique canadienne à l’Université Laval, Martin Pâquet. 

Lors des élections fédérales de 2019, le Parti Rhinocéros avait usé du même stratagème dans la circonscription de Beauce. 

Dans la course : le « vrai » Maxime Bernier – chef du Parti populaire du Canada (PPC) – et le « faux » Maxime Bernier qui affiche les couleurs du parti satirique canadien. 

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier.

Photo Antoine Robitaille 

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier.

« S’il y a du monde assez mêlé pour se tromper de Maxime Bernier, coudonc... on ne refusera pas ça », avait alors admis le chef du Parti Rhinocéros, Sébastien Corriveau. 

Quelle est la mission des partis marginaux ?

Il n’y a pas que les cinq grandes formations politiques qui permettront à l’électorat de s’exprimer le 5 octobre prochain : 15 partis marginaux sont aussi dans la course. 

Lors du dernier scrutin au Québec, en 2022, ces « autres partis » avaient obtenu 1,69 % des votes. 

Ils récoltent aujourd’hui 1 % des intentions, selon le plus récent sondage Léger paru mardi. 

« Certains d’entre eux défendent des idéologies très précises, comme le Parti communiste ou le Parti libertarien, mais n’arrivent pas à faire élire de candidats étant donné notre mode de scrutin. Ils profitent donc des campagnes pour se faire connaître », explique Simon Dabin de l’Université de Montréal. 

Il rappelle que l’Action démocratique du Québec (ADQ) – fusionnée avec la CAQ en 2012 – et Québec solidaire (QS) ont déjà eux aussi été des tiers partis « émergents » avant de s’imposer dans le débat. 

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« D’autres formations marginales proposent aussi des candidatures trolls, plus fantaisistes, qui cherchent vraiment à déstabiliser la campagne d’un candidat en avance », précise Simon Dabin. 

L’expert observe néanmoins un recul de ce genre de parti « plus satirique » cette année. 

Il ne reste peut-être que le Bloc Pot – dont la mission première s’est fait couper l’herbe sous le pied avec la légalisation du cannabis en 2018 – qui présente cinq candidats dans autant de circonscriptions, ainsi que le Parti culinaire du Québec et ses quatre candidats qui visent quant à eux à créer « une société agraire et gourmande » nommée gastronocratie. 

« Ces élections se déroulent dans un climat anxiogène, entre la guerre tarifaire, les pertes d’emplois massives et le coût de la vie qui explose. Cette campagne est plus grave dans l’esprit plusieurs », conclut Simon Dabin.

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