Des Québécois présentement en France sont déterminés à retourner manifester samedi malgré un gouvernement qui multiplie les mesures répressives pour étouffer les protestations.
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« Je ne veux pas jouer à la touriste autruche. Les droits humains de tous me tiennent à cœur et tant qu’à être à Paris, je vais me rendre utile », explique Trish Dufresne-Nasser, 25 ans, de Montréal.
La tatoueuse, de passage en Europe pour le travail, marchera dans les rues de Paris samedi malgré l’approche dure du gouvernement d’Emmanuel Macron qui dit vouloir « rétablir l’ordre » à la suite du soulèvement de samedi dernier.
Un gouvernement qui fait « le sourd »
Après un mois de manifestations des lycéens, qui demandent à étudier dans des conditions dignes, d’autres mouvements comme celui des Gilets jaunes ont convergé dans la rue la semaine dernière contre la hausse du coût de la vie.
« Il y a en France un ras-le-bol de voir les inégalités sociales monstrueuses se creuser. Et après avoir fait le sourd pendant huit ans, le gouvernement demande maintenant aux gens de rester chez eux », vulgarise l’expert en droit social de l’Université du Québec à Montréal et avocat français Martin Gaillé.
Selon France info, au moins trois civils sont morts samedi dernier, une adolescente a été éborgnée et un garçon de 17 ans a perdu une main. Des dizaines de manifestants, souvent jeunes, ont été gravement blessés dans de nombreuses villes. Ils s’ajoutent aux quatre mineurs mutilés pendant les mobilisations des dernières semaines.
Sept policiers ont été gravement blessés, selon le même média, et plus de 2400 personnes ont été arrêtées, dont plusieurs mineurs placés en garde à vue dans des conditions « indignes », d’après le Barreau de Paris.
En marge des manifestations contre « la vie chère » du 17 octobre, des commerces ont été saccagés et pillés. Des lieux de pouvoir ont été incendiés.
Interdictions et couvre-feux
« La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestations », a martelé le président Emmanuel Macron à l’issue d’un Conseil de sécurité jeudi.
Dans plusieurs villes, les rassemblements ont été interdits et des couvre-feux sont imposés depuis quelques jours.
« Je rentrais du cinéma l’autre jour et je voyais qu’il y avait un hélicoptère qui tournoyait autour de la place de la République... C’est très intense », souligne la Québécoise Charlotte Lehoux, 27 ans.
À Marseille, « il y a des gendarmes partout qui font des contrôles, souligne le Montréalais Calvin Lpos, 28 ans. Le gouvernement ne se rend pas compte de la colère que ça va créer. »
L’armée dans les rues
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé que l’armée serait déployée samedi, avec plusieurs unités d’élite et des chars blindés.
En tout, plus de 70 000 membres des forces de l’ordre seront mobilisés.
On assiste à une « montée de l’autoritarisme, une répression sans précédent et une banalisation de la violation des droits et libertés fondamentaux », s’alarme l’expert Martin Gaillé.
Le week-end dernier, Trish Dufresne-Nasser a été confrontée aux effets du gaz lacrymogène pour la première fois.
Bien qu’elle s’admette terrifiée, elle retournera manifester samedi.
« Ça serait trop triste, je trouve, de baisser les bras... et je veux montrer que les répressions du gouvernement sont absurdes et autoritaires », conclut Charlotte Lehoux, qui ira marcher elle aussi.
Vendredi, Macron a reçu pour la première fois depuis le début de la contestation les organisations lycéennes, qui ont appelé à poursuivre le mouvement.
- Avec l’Agence France-Presse
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