Cracher sur les pauvres

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Connaissez-vous les « transfuges de classe » ?

C’est la grosse affaire en culture.

Des artistes qui se sont sortis du milieu « infect » dans lequel ils ont grandi pour se hisser aux plus hauts sommets par « la seule force de leur caractère ».

« Regardez comme je suis génial et résilient ! Je me suis sorti tout seul de la merde pour devenir une vedette ! »

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

SCULPTER SA PROPRE STATUE

En France, le représentant de ce courant est Édouard Louis.

Dans Pour en finir avec Eddy Bellegueule, le livre qui l’a rendu célèbre, ce « transfuge » passe 220 pages à cracher sur son milieu familial, qu’il dépeint comme une bande de bouseux sexistes, racistes, violents et homophobes.

Des membres de sa famille l’ont accusé d’avoir tout inventé pour se rendre intéressant, mais qu’importe, cela n’a pas empêché Édouard Louis de devenir une star de la gauche bobo.

Récemment, cette vedette du 6e arrondissement de Paris a d’ailleurs quitté le confort de sa douillette demeure pour venir à Tout le monde en parle nous dire d’élire QS.

On va aller voir les bouseux du Québec afin de leur dire pour qui voter...

Plus colonialiste, tu meurs.

Au Québec, le transfuge de classe en chef est Jean-Philippe Pleau.

Dans son livre et sa pièce Rue Duplessis, il nous raconte comment il s’est sorti de la fiente où il macérait avec sa famille pour, excusez du peu, devenir animateur à Radio-Canada, rien de moins.

Comme dirait Buzz Lightyear : « Vers l’infini et plus loin encore ! »

J’ai vu l’adaptation théâtrale de Rue Duplessis à la Place-des-Arts, dans laquelle monsieur Pleau jouait son propre rôle.

Une heure trente-cinq minutes de gros malaise. Une statue érigée à la gloire de cet animateur qui s’est sorti de la bêtise la plus abjecte (dit-il) pour travailler sous l’aile du grand Serge Bouchard.

On est loin de Michel Tremblay, qui, même s’il a grandi dans un désert culturel, n’a jamais jeté un regard méprisant sur son milieu d’origine.

Il était parfois dur, Tremblay, mais jamais condescendant, jamais hautain, jamais arrogant.

UN REGARD MÉPRISANT

En regardant la pièce Rue Duplessis, je pensais au documentaire Les Rose, de Félix Rose.

Fils du felquiste Paul Rose, Félix (l’un de nos meilleurs documentaristes) nous parle de la misère dans laquelle sa famille a grandi, à Ville Jacques-Cartier, l’un des coins les plus pauvres du Québec des années 50-60.

On ne sent jamais une once de mépris chez lui, bien au contraire. De la colère envers les inégalités sociales qui écrasaient les ouvriers « canadiens français » de l’époque, bien sûr, mais envers sa famille, rien d’autre qu’une immense, une émouvante tendresse.

La même tendresse que l’on retrouve dans la belle chanson J’ai souvenir encore, de Claude Dubois, sur son enfance passée dans « le Faubourg à m’lasse ».

Le Québec vient de loin. On a maintenant des Cirque du Soleil, des Alain Bouchard, des Céline Dion.

Ce n’est pas une raison pour cracher sur notre passé.

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