Il y a plus d’un demi-siècle, un policier a dû désamorcer des centaines de bombes à Montréal sans l’aide de la moindre technologie. Aujourd’hui âgé de 90 ans, il nous plonge dans ses précieux et précis souvenirs des nombreux explosifs installés par le FLQ, jusqu’au meurtre de Pierre Laporte en pleine crise d’Octobre.
« On m’a souvent demandé si j’avais peur. Bien oui, j’avais peur. Ce n’est pas normal d’entendre tic-tic-tic venant d’une boîte à chaussures. Mais c’est gênant de dire ‘‘Appelez la police !’’ Parce que c’est toi, la police », a raconté avec humour Robert Côté.
Ce genre d’anecdotes dignes de la fiction a pourtant fait partie du quotidien de l’ex-spécialiste en explosifs de la police de Montréal, et ce, pendant 14 ans.
Lors d’une entrevue au balado Histoires de crimes, du Journal, il a décrit avec aplomb son implication durant les années de grandes violences qui ont mené à la crise d’Octobre, en 1970.
À cette époque, des membres du Front de libération du Québec (FLQ), un mouvement indépendantiste radical, ont donné du fil à retordre aux autorités.
Le groupe a posé plus de 200 engins explosifs entre 1963 et 1970.
Nuit et jour
Lors de sa première journée dans l’escouade antibombe, le 17 mai 1963, une douzaine d’engins explosifs avaient été placés dans des boîtes aux lettres du quartier Westmount.
Plus tard, il est devenu le chef de l’escouade technique. Ainsi, lorsqu’une bombe était découverte, c’est Robert Côté qui était appelé à la rescousse. Nuit et jour.
« J’avais une voiture fournie par le service et je me rendais sur les lieux pendant que mes compagnons me rejoignaient avec le matériel », a-t-il raconté.
D’ailleurs, l’équipement qu’il portait pour désarmer une bombe était plutôt... minimaliste, se souvient-il.
Et à son retour à la maison, pour ne pas prendre de retard dans ses rapports, le policier profitait des compétences de sténographie de sa douce.
« Je lui dictais tout ça. D’ailleurs, je garde encore précieusement certains rapports qui ont ses initiales au bas », souffle-t-il au sujet de sa précieuse Pierrette, aujourd’hui décédée.
Il est intervenu sur plusieurs scènes d’explosion impressionnantes et troublantes, dont celle à la Bourse de Montréal, le 13 février 1969.
Pas moins de 27 personnes avaient été blessées.
Dans les moindres détails
« La bombe avait été placée dans la galerie des visiteurs. Ça aurait pu être beaucoup plus grave que ça, s’est-il souvenu. J’ai passé presque une journée à genoux à chercher les morceaux de cadran. »
Malgré son âge vénérable, Robert Côté est encore en mesure de raconter dans les moindres détails plusieurs de ses dangereuses interventions. Il peut même citer des adresses par cœur, même s’il avoue, en riant, se souvenir rarement de ce qu’il a mangé la veille.
Dans les années 1980, M. Côté a terminé sa carrière plus tranquillement, comme directeur d’un poste. Il a aussi été responsable de l’implantation du numéro d’urgence 9-1-1.
Malgré sa retraite formelle à la fin des années 1990, il est resté impliqué auprès des forces policières.
Des interventions importantes
La crise d’Octobre
Robert Côté a été impliqué dans l’enquête sur les enlèvements du diplomate britannique James Richard Cross et du ministre du Travail et de l’Immigration, Pierre Laporte, à l’automne 1970.
Ce dernier avait été retrouvé mort dans le coffre de sa voiture, le 7 octobre.
Ces deux événements avaient plongé le Québec dans la crise d’Octobre.
« C’était le point culminant des sept dernières années de terrorisme à Montréal », a dit M. Côté, ajoutant qu’il s’agit d’un des événements les plus marquants de sa carrière.
Tellement, que son fils né quelques mois plus tard a été nommé... Pierre-Richard.
Une archive du journal «The Gazette» que Robert Côté garde précieusement: une photo de son épouse Pierrette et lui, en 1971, après la naissance de leur fils. L’enfant conçu peu après la crise d’Octobre a été nommé Pierre-Richard, en l’honneur de Pierre Laporte, enlevé et tué en octobre 1970, et de James Richard Cross, enlevé à la même période. Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
« J’avais par la suite reçu à la maison une belle lettre de Mme Laporte », a lancé fièrement M. Côté.
Une bombe à la maison du maire Drapeau
« Il était à peu près 1 h du matin, le téléphone sonne chez moi, on m’informe que ça vient de sauter chez le maire », s’est souvenu Robert Côté.
C’était le 29 octobre 1969. Des criminels avaient déposé une bombe dans la descente du sous-sol à l’arrière de la maison du maire de Montréal Jean Drapeau.
Ce dernier se trouvait alors à son restaurant, le Vaisseau d’or. Personne d’autre n’avait été blessé.
Les dommages avaient été très graves, endommageant même des maisons voisines.
Un début d’année violent
Le 31 décembre 1968, Robert Côté pensait regarder tranquillement le premier Bye bye de l’histoire du Québec. Mais il n’aura jamais eu l’occasion de regarder cette rétrospective humoristique, parce qu’il a finalement dû négocier avec trois bombes cette nuit-là. La première a explosé à l’hôtel de ville de Montréal. Peu après, une autre a été désamorcée in extremis dans une autre entrée de l’édifice. La troisième a explosé dans l’immeuble du ministère fédéral du Revenu.
Une grosse bombe sous la Banque de Montréal
Le 10 juillet 1970, le policier Côté a désamorcé la plus grosse bombe que le Canada ait connue. L’engin explosif avait été placé dans une poche de hockey, sous l’une des banquettes d’une Volkswagen Coccinelle volée.
Le véhicule, lui, était garé sous l’édifice de la Banque de Montréal, sur la rue Saint-Jacques.
La bombe contenait 150 livres de dynamite.
« Dans le jargon, on appelait ça une GCB, une grosse cri** de bombe », a expliqué en riant Robert Côté.
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