Comment se faisait-on la cour il y a 250 ou 350 ans ? Pas de Tinder, pas de téléphone cellulaire. En fait, pas de téléphone du tout !
Pourtant, nos ancêtres savaient séduire et charmer. Ils se désiraient, se courtisaient, tombaient amoureux... et parfois, se brisaient le cœur. À mon avis, nos arrière-grands-parents n’étaient pas tous des modèles de fidélité !
Bref, comment pouvait-on rencontrer l’âme sœur à une époque où l’amour devait composer avec les traditions, la religion et le regard de toute une communauté ?
L’EMBARRAS DU CHOIX
À l’époque coloniale française, le premier grand entremetteur de notre histoire est peut-être le roi Louis XIV.
En 1663, dans sa colonie d’Amérique du Nord, on compte 7 colons pour 1 seule Française en âge de se marier et il va vouloir changer ça.
Pourtant, depuis le début de la colonie, des Français tombent sous le charme de femmes autochtones.
En 1649, Pierre Boucher, futur fondateur de Boucherville, épouse une femme de la nation wendate, Marie Ouebadinskoue. Cinq ans plus tôt, Martin Prévost avait épousé une femme anichinabée, avec laquelle il aura eu huit enfants.
Au départ, ces unions sont encouragées par les autorités, principalement parce qu’on pense à l’assimilation des Autochtones au mode de vie des colons. Mais c’est le contraire qui se produit souvent ! De nombreux colons adoptent plutôt la langue et les coutumes de leurs épouses.
Bien avant cette interdiction, Louis XIV avait déjà entrepris de favoriser les unions entre Français. À partir de 1663, la Couronne soutient la traversée de quelque 800 jeunes femmes célibataires ou veuves... les Filles du roi.
Dans cette colonie où les hommes à marier sont beaucoup plus nombreux que les femmes, les nouvelles arrivantes ne manquent pas de prétendants ! Les unions se concluent à une vitesse étonnante.
On rapporte que quatre Filles du roi sur dix se marient dans les deux mois suivant leur arrivée et qu’après six mois, 80 % ont déjà trouvé un époux.
On sait aussi que plusieurs promesses de mariage n’aboutissent jamais. Des recherches sur les Filles du roi révèlent des contrats annulés et des changements de prétendants. Autrement dit, même au XVIIe siècle, un « match » ne menait pas toujours à un mariage.
LE CONSENTEMENT PARENTAL
En Nouvelle-France, l’amour pouvait parfois pousser les jeunes à défier leurs parents, et même l’Église !
En 1732, par exemple, à Sainte-Anne-de-Bellevue, Jean-Baptiste Poirier et Charlotte Boyer vont profiter d’une messe pour se déclarer publiquement mari et femme sans la bénédiction des parents ni du curé. C’est ce qu’on appelle un « mariage à la gaumine ». Le père, qui se sent insulté, va porter plainte contre son propre fils. Ce dernier va se retrouver en prison et sera condamné à verser 75 livres à l’église.
Le droit français prévoyait une procédure appelée « sommations respectueuses ». Sous certaines conditions, des adultes pouvaient faire signifier officiellement à leurs parents, par l’intermédiaire d’un notaire, leur intention de se marier.
RAPT DE SÉDUCTION
Il ne faudrait pas penser que nos ancêtres attendaient tous sagement leur nuit de noces pour découvrir les plaisirs de la chair.
L’historien André Lachance, qui a fouillé les archives judiciaires de la Nouvelle-France, rappelle qu’à l’époque, pour une jeune femme, préserver sa virginité jusqu’au mariage était fondamental.
Pourtant, certaines relations amoureuses pouvaient devenir beaucoup plus intimes avant le mariage. Certaines jeunes femmes acceptaient d’avoir des relations sexuelles après avoir reçu une demande en mariage. Mais, si le prétendant changeait d’idée, l’affaire pouvait se retrouver devant les tribunaux.
En 1701, à Montréal, Catherine Paulo poursuit Nicolas Lemoyne, qu’elle accuse d’avoir séduit sa fille Élisabeth, âgée de 18 ans, en lui promettant de la marier. La mère réclame carrément la peine de mort contre le séducteur. Mais au procès, on découvre qu’Élisabeth aurait tenté d’abandonner l’enfant et qu’elle aurait eu deux amants ! Sa réputation en prend tout un coup.
Elle n’obtient aucune compensation pour son déshonneur, mais les deux hommes devront se partager les frais de l’enfant.
ON MAGASINE AUSSI... SA SITUATION !
Une impressionnante banque de données de BAnQ consacrée aux contrats de mariage nous fait constater que, sous le Régime français, on ne badinait pas avec les questions d’argent !
Ces contrats précisaient les biens apportés par chacun et prévoyaient notamment ce qui reviendrait au conjoint survivant.
En 1749, par exemple, le contrat de mariage de Jean-Baptiste Guillaume Berlinguet et de Marie-Angélique Barthélémy prévoit un « douaire » de 600 livres et un « préciput » de 300 livres. Le premier constitue une protection financière pour l’épouse en cas de décès du mari, tandis que l’autre permet au conjoint survivant de prélever des biens ou une somme d’argent avant le partage de la succession.
On ne choisissait pas toujours son conjoint uniquement pour ses beaux yeux, l’union était aussi une question de sécurité financière et de survie. Mais, ça n’empêchait ni les jeux de séduction ni les histoires d’amour !
Les historiens de la vie privée nous rappellent d’ailleurs que la Nouvelle-France est beaucoup moins prude qu’on aime parfois l’imaginer. Les fréquentations, le concubinage, l’adultère, les séparations et même la bigamie existent bel et bien.
LES « BONS SOIRS »
La famille et le voisinage ont longtemps joué un rôle central pour faciliter les premières fréquentations.
D’où la tradition des « bons soirs », des soirées où les prétendants venaient courtiser les jeunes femmes.
Pendant longtemps, les premières fréquentations ne se font pas à deux. On faisait ça en gang et on ne se gênait pas pour donner des conseils.
ÂGE POUR S’AIMER ?
Sous le Régime français, on permettait aux jeunes filles de se marier à 12 ans et aux garçons à 14 ans. Mais dans les faits, nos ancêtres attendaient généralement beaucoup plus longtemps.
Au XVIIIe siècle, les femmes se marient pour la première fois vers 22 ou 23 ans, contre environ 27 ans pour les hommes.
Mais la pression sociale pour officialiser son union en se mariant était forte. Rester célibataire trop longtemps, c’était risquer de se faire coller l’étiquette péjorative de « vieille fille » ou de « vieux garçon ».
Heureusement pour les célibataires, les occasions de faire des rencontres plus intimes vont se multiplier au fil du temps.
Les mœurs vont évoluer, les salles de danse et les cinémas vont devenir des espaces de séduction, et les amoureux vont gagner peu à peu en liberté.
Mais à mon avis, la véritable révolution des fréquentations amoureuses arrivera avec l’arrivée de l’automobile ! Les « machines », comme disait mon grand-père, vont permettre aux amoureux d’échapper aux regards inquisiteurs de certains papas, du curé ou des voisins.
Sources :
MARSAN, Jean-Sébastien. Histoire populaire de l’amour au Québec : de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille. 3 tomes, Fides, 2019-2022.
LACHANCE, André. Séduction, amour et mariages en Nouvelle-France. Montréal, Libre Expression, 2007, 187 p.
RICARD, Josianne. « Les poursuites pour rapt de séduction en Nouvelle-France », Cap-aux-Diamants, no 112, 2013.
GRENIER, Roland. « Jean-Baptiste Poirier », Nos Origines : généalogie du Québec et d’Amérique française, notice biographique et résumé du dossier judiciaire de 1732.
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