Générer des chansons grâce à l’IA est désormais un jeu d’enfant. Si bien que des musiciens du Québec ont tristement vu leur identité artistique être usurpée.
En 2025, des pirates ont réussi à berner Spotify et à publier des chansons générées par l’intelligence artificielle sur les pages officielles de Billie du Page et d’Harmonium.
Si les chansons ont rapidement disparu de la plateforme, ces exemples démontrent à quel point les entreprises d’IA se sont servies de la musique des autres pour entraîner leurs plateformes.
« C’est le combat de la décennie, sinon du siècle, affirme la présidente de l’Union des artistes (UDA), Tania Kontoyani. Tout ce qui est audio, comme la musique, les publicités et le doublage, le danger est imminent. Ils sont vraiment confrontés à cette possibilité de ne plus pouvoir exercer leur métier. »
Sur la plateforme américaine Suno, en quelques clics, Le Journal a été capable de générer des chansons « dans le style de » Daniel Bélanger, d’Alaclair Ensemble, des Cowboys Fringants, de Lou-Adriane Cassidy ou même de Céline Dion.
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Artiste
Suno soutient avoir mis en place des barrières pour empêcher les références à des noms, à des paroles ou à des chansons d’artistes pour protéger le droit d’auteur.
Mais aucun de ces artistes n’était banni, pas même Céline.
Les résultats ne sont pas toujours fameux, mais il est facile de reconnaître des manies vocales, des rythmiques ou des accompagnements de guitare caractéristiques des artistes.
« Ça veut dire que l’intelligence artificielle générative a été nourrie de leurs œuvres. Sinon, elle ne saurait pas ce que c’est le style de Daniel Bélanger », souligne Tania Kontoyani.
Selon la présidente de l’UDA, générer ce type de contenu « bafoue les droits » des artistes.
« C’est aussi problématique ce qui rentre dans la machine que ce qui en sort. Si on n’a pas demandé la permission et on n’a rien payé, je questionne sérieusement la légitimité de l’œuvre qui en ressort », estime-t-elle.
« C’est aussi problématique ce qui rentre dans la machine que ce qui en sort. Si on n’a pas demandé la permission et on n’a rien payé, je questionne sérieusement la légitimité de l’œuvre qui en ressort. »
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Union des Artistes
Un drame double pour les musiciens, dit-elle, puisque « leurs conditions de vie et de travail dégénèrent depuis l’apparition des plateformes de streaming ».
Mais pour les artistes d’ici, faire valoir leurs droits demande énormément d’énergie et de moyens, car il faut entamer des démarches judiciaires.
« C’est surtout l’énergie que ça demande qui intimide les artistes, mais il ne faut pas penser qu’on est complètement démuni au Québec », souligne Mme Kontoyani.
Main dans la main
Aux États-Unis, de grandes maisons de disques ont poursuivi Suno et la plateforme Udio par rapport à l’utilisation de leurs catalogues pour entraîner l’IA.
Suno a convenu devant la cour avoir pris sur internet des chansons soumises au droit d’auteur, mais elle affirme qu’il s’agit d’un usage équitable.
Après des mois de bataille juridique, Suno et le géant Warner ont annoncé en novembre dernier un partenariat.
« Nous sommes excités de développer la prochaine génération de modèles musicaux avec l’industrie, qui seront lancés plus tard cette année », nous a répondu Chloé Snyder, porte-parole pour Suno.
Parmi nos tests, la seule artiste québécoise qui a été bloquée par l’engin de Suno est Charlotte Cardin, qui publie justement sous l’étiquette Warner.
Des centaines de chansons disponibles
Si l’IA est capable de se nourrir de millions de chansons sans le consentement de leurs auteurs, c’est qu’elles sont accessibles gratuitement en ligne sur des plateformes de partage, comme YouTube.
Notre Bureau d’enquête a découvert que des aficionados de l’IA rendent disponibles gratuitement et sans le consentement des artistes des « jeux de données » déjà édités dans le but qu’ils servent à des modèles d’apprentissage machine.
Sur la plateforme HuggingFace, un utilisateur a téléversé près de 500 chansons tirées du répertoire de rap québécois, toutes en petites sections de 30 secondes.
Ce « jeu de donnée », désormais accessible à tous, a été mis en ligne dans le but d’entraîner l’outil de reconnaissance vocale d’OpenAI, la boîte derrière ChatGPT.
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1 week ago
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