Un média d’investigation français a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 qu’il attribue à Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2027. M. Bardella a dit déposer plainte pour « diffamation ».
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Ces accusations interviennent à un moment crucial pour le RN, qui paraît plus proche que jamais d’accéder au pouvoir en France.
Marine Le Pen, candidate du parti à la succession du président Macron, domine actuellement les sondages et présente Jordan Bardella, âgé de 31 ans, comme son futur Premier ministre en cas de victoire.
L’affaire met également à l’épreuve la stratégie engagée depuis plus de quinze ans par le parti pour éloigner le RN de ses racines extrémistes et antisémites et le présenter comme une formation apte à gouverner.
L’enquête du site d’investigation Mediapart s’appuie sur des conversations privées qui auraient été écrites par Jordan Bardella durant l’été 2013, lorsqu’il avait 17 ou 18 ans et militait depuis environ un an et demi au Front national, ancien nom du RN.
Mediapart, qui n’a pas publié de captures d’écran, affirme avoir authentifié ces échanges « de manière indépendante ».
Parmi ces conversations, plusieurs propos antisémites, comme : « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler ».
Dans d’autres messages cités par Mediapart, Jordan Bardella aurait affirmé que « toutes les banques sont détenues par des Juifs » et évoqué une supposée « mainmise de la communauté juive-sioniste » sur la France.
« Déstabiliser la campagne »
« Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites », a réagi Jordan Bardella sur X.
Sollicité avant la publication de l’enquête, il avait déjà assuré au site qu’il n’était pas un militant actif durant l’été 2013 et souligné qu’il était encore mineur.
Il a également annoncé lundi que son avocat avait déposé une « plainte en diffamation ».
« Tout sera fait (...) pour déstabiliser la campagne » présidentielle du RN et m’« abattre politiquement », a-t-il estimé sur la chaîne conservatrice CNews, « soit Mediapart est à la tête de cette opération, soit Mediapart se fait lui-même manipuler par des gens qui y ont intérêt ».
Marine Le Pen a aussi rejeté les accusations et dénoncé « une barbouzerie », terme désignant une opération clandestine de manipulation, « dont Mediapart a le secret ».
Mediapart est notamment à l’origine de révélations ayant provoqué plusieurs scandales politiques majeurs en France, dont l’affaire du compte caché à l’étranger du ministre socialiste Jérôme Cahuzac et celle des liens financiers présumés entre la Libye et la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.
Normalisation mise à l’épreuve
Le RN est l’héritier du Front national, fondé en 1972 et longtemps dirigé par Jean-Marie Le Pen, le père de Marine Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites ou négationnistes.
Depuis qu’elle lui a succédé en 2011, Marine Le Pen tente de rompre avec cette image afin d’élargir l’électorat du parti.
Jordan Bardella, qui cultive une image policée et dispose d’une importante audience sur les réseaux sociaux, est devenu l’un des principaux visages de cette stratégie de normalisation.
En mars 2025, il avait été le premier dirigeant du parti officiellement invité par le gouvernement israélien à se rendre en Israël, pour participer à une conférence sur la lutte contre l’antisémitisme.
« Je suis comme chacun stupéfait par la violence des propos antisémites attribués à Jordan Bardella, que même la jeunesse ne saurait évidemment expliquer », a déclaré à l’AFP Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), organisation fédérant des associations juives françaises.
Pour lui, cette affaire illustre « les limites » de la normalisation d’un parti demeurant selon lui un « refuge des identitaires et des complotistes ».
La publication de ces messages a également suscité des réactions indignées de la gauche.
« Il doit démissionner de toutes ses fonctions », a réagi sur X la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, dénonçant « un antisémite obsessionnel ».
La figure de la gauche radicale et autre candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d’ambiguïté sur l’antisémitisme, a condamné « formellement » ces déclarations qui « relèvent du complotisme et de l’antisémitisme le plus absurde » si Jordan Bardella « les a prononcées ».
Un sondage publié lundi crédite Marine Le Pen d’environ 35 % à 36 % des voix au premier tour de la présidentielle, prévu en avril 2027, et la donne victorieuse au second tour face aux principaux adversaires testés.
Le RN vient également d’obtenir suffisamment de sièges au Sénat français pour y constituer, pour la première fois, son propre groupe parlementaire.
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