Dimanche matin, Michel Lefebvre a quitté Québec à la course avec un projet qui paraît complètement fou : courir sept marathons en sept jours pour rejoindre Montréal. Au total, 295,365 kilomètres.
C’est évidemment un défi immense de faire un seul marathon (42,195 km) et d’encaisser des dizaines de milliers d’impacts.
Même chez un coureur très entraîné, le corps termine la course avec une fatigue et des microlésions dont la récupération prend normalement plusieurs jours. Mais dans ce projet, il n’y a pratiquement pas de récupération.
Le défi de Michel n’est pas seulement de courir 295 km. C’est de trouver, chaque matin pendant sept jours, un nouveau marathon dans des jambes qui ont encore le précédent à l’intérieur.
Surtout que Michel Lefebvre, il y a sept ans, a dû réapprendre à marcher.
Le choc
Pour comprendre pourquoi Michel court aujourd’hui, il faut revenir au 21 mars 2019.
À l’aube de la cinquantaine, Michel est en pleine forme. Père de quatre enfants, il mène une vie bien remplie. La chose qui le définit particulièrement à cette époque, c’est la course.
Michel est un coureur. Un vrai. Et surtout, un coureur de très longues distances. Pas un coureur obsédé par ses statistiques ou ses performances sur Strava.
Non, Michel aime simplement courir, sans musique, longtemps...très longtemps. Il avalait alors autour de 100 kilomètres par semaine et préparait son huitième ultramarathon.
Ce 21 mars, en fin de journée, tout bascule. Il est pris d’un violent mal de tête, la douleur est foudroyante. Michel se met à vomir, sans arrêt. Quand on lui demande de raconter ce moment, sept ans plus tard, il trouve trois mots pour le résumer : « Tout a pété. »
Il vient de subir un AVC hémorragique. Il est envoyé au CHUM. Il passe cinq jours aux soins intensifs. Toutes les deux heures, on le réveille et on lui demande d’accomplir des gestes aussi simples que fermer ses yeux et toucher son nez.
Mais Michel n’y arrive pas.
Ses jambes
Une fois stabilisé, il n’a aucune idée de ce qui l’attend. Les bruits ambiants et la lumière l’envahissent, mais surtout, son corps ne lui obéit plus. Ses jambes n’écoutent plus son cerveau.
Quelques jours plus tôt, Michel préparait ses courses matinales en vue d’un voyage pour son 50e anniversaire. L’avion a bel et bien décollé, mais sans lui. Il est dans son lit d’hôpital et il a toute la misère du monde bouger ses pieds. Notre ultramarathonien comprend alors que sa vie ne se mesurera plus en kilomètres, mais en centimètres.
Les mois qui suivent sont une interminable course au ralenti. Michel doit tout réapprendre. Il progresse, comme il le dit lui-même, « à pas de souris ».
Chaque petit gain lui coûte une énergie folle. Un simple exercice peut le vider complètement, au point de devoir s’allonger, sans force ni tonus. Et il ne doit pas seulement réapprendre à marcher, il doit réapprendre à vivre.
Le gars sociable et rassembleur est maintenant incapable de suivre une discussion. Les soirées entre chums devant un match des Canadiens et les grandes tablées pleines d’amis disparaissent.
Son nouveau quotidien est rythmé par les exercices de l’orthophoniste, de la physiothérapeute et de l’ergothérapeute. L’ultramarathonien ne rêve plus de courir, il rêve simplement de retrouver une vie normale, de faire une promenade en famille.
Réapprendre à courir
Le cerveau possède une capacité fascinante à se réorganiser après une lésion. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. La réadaptation cherche notamment à exploiter cette capacité par la répétition des gestes et des apprentissages. Un mouvement après l’autre.
À force de travail, Michel retrouve l’usage de ses jambes. Et avec les premiers pas revient inévitablement l’envie de courir. Son médecin est pourtant catégorique : pas question.
Mais Michel finit par « tricher » et tente quelques foulées. Son corps le rappelle aussitôt à l’ordre. Il n’est pas prêt. Il doit patienter, et cela est difficile pour quelqu’un qui aime courir.
Il attendra encore plusieurs mois avant d’obtenir le feu vert des médecins. Il ne courra plus jamais comme avant, maintenant, ses foulées sont plus lentes, mais son regard sur la vie, lui, a changé, maintenant, Michel entend le chant des oiseaux.
Sept marathons pour les autres
Les distances vont progressivement s’allonger. Et un jour, une idée un peu folle commence à germer dans sa tête. En fait, depuis longtemps, bien avant l’AVC, Michel rêvait de participer au World Marathon Challenge.
Une épreuve hors-norme où des coureurs tentent de compléter sept marathons sur sept continents en sept jours. Mais l’aventure coûte la somme astronomique de 50 000 $.
C’est là qu’il a l’idée de transformer son rêve de sept marathons autour de la planète en sept marathons ici. Le projet prend forme. Québec-Montréal. Sept jours. Sept marathons. 295,4 kilomètres. Et surtout, une destination... le CHUM.
Puis une idée s’impose : pourquoi ne pas mettre ces jambes, qui lui ont tant donné, au service des autres ? Michel décide alors de courir pour amasser des fonds.
Il choisit la Fondation du CHUM et son Parcours Locomotive, qui aide les patients de l’unité de neurologie en réadaptation post-AVC à reprendre confiance, bouger et sortir de leur chambre.
Faire confiance à la vie
Depuis son départ dimanche, plusieurs vont regarder Michel Lefebvre comme un athlète qui tente un exploit.
Je crois que son histoire raconte quelque chose de plus grand que cela.
C’est une histoire d’adversité, de courage et de détermination. Michel en aura besoin pour réussir à courir autant de kilomètres.
Mais ce que cet homme sait mieux que quiconque, c’est que du courage et de la détermination, il en faut aussi à plusieurs pour réussir simplement à toucher le bout de leur nez avec leur index.
Michel court aujourd’hui pour soutenir une belle cause et redonner un peu de ce qu’il estime avoir reçu. Ceux qui le souhaitent pourront suivre son périple sur Instagram, sur le compte @7marathonsen7jours, et ceux qui en ont les moyens pourront contribuer à sa collecte de fonds sur GoFundMe.
Alors bonne chance, Michel.
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2 weeks ago
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