Vivre à Cuba en temps de guerre froide (3e partie, suite et fin)

1 week ago 10

Je vous disais, la semaine dernière, que l’ingéniosité des Cubains est sans limite. « El Cubano inventa », entend-on souvent, une phrase lancée avec une fierté incontestable. Si les Québécois avaient ne serait-ce que 10 % de cette fierté, nous serions déjà indépendants et des plus prospères. 

Avec l’accentuation de la crise énergétique, les Cubains ont été forcés de faire preuve d’imagination. Alors, certains, plus en moyens que d’autres, ont tout simplement installé sur le toit de leur tricycle taxi des panneaux solaires, de sorte qu’ils ne sont plus obligés d’arrêter tous les 100 kilomètres pour « faire le plein », c’est-à-dire recharger la batterie de leur instrument de travail. Ces tricycles peuvent désormais rouler 24 heures par jour, ce qui représente une grande économie de temps et des revenus additionnels pour leur propriétaire. Si les Chinois voyaient comment les Cubains ont transformé leurs tricycles taxis, ils seraient, eux aussi, étonnés et fiers.

On voit aussi de plus en plus de feux de circulation fonctionnant à l’aide de mini-panneaux solaires installés au-dessus des feux. Tandis que l’énergie solaire sera mise au service de la collecte des ordures, dans certains quartiers, dont le mien, on a aménagé des tricycles électriques qui désormais vont recevoir dans la partie arrière les ordures ménagères dans des sacs obligatoirement fermés. Les citoyens d’un quartier donné devront verser cent pesos par mois – soit 0,25 $ – à l’entreprise privée chargée de réaliser ce projet pilote. Les familles qui ne peuvent pas cotiser ne seront pas exclues, comme le veut la tradition d’entraide à Cuba. On a déjà retiré un peu partout les gros conteneurs en plastique, qui débordaient toujours, et déjà on respire un air nouveau. Ainsi, le quartier Vedado retrouvera-t-il son lustre d’antan, petit à petit, si les citoyens acceptent de jouer le jeu de la solidarité et du respect de l’environnement.

Mais toutes ces pénuries, soit le manque d’électricité et le manque d’eau courante, surtout, affectent grandement le moral des citoyens que nous sommes. Nous devons désormais adapter notre mode de vie aux nouvelles restrictions et c’est un peu notre joie de vivre qui en prend un coup. Lorsque revient la corriente, nous poussons des cris de joie. Il ne reste plus qu’à attendre que la responsable de l’immeuble mette le moteur en marche qui va permettre à l’eau d’être pompée de la citerne jusqu’aux réservoirs sur le toit. Et ainsi, petit à petit, l’eau courante reviendra. Mais c’est seulement si entre-temps il y a de l’eau de la ville qui a été acheminée dans le réseau souterrain des différents quartiers de la capitale. Bref, la joie est toujours fragile, incertaine et de courte durée.

Je pense, aujourd’hui, jour de rentrée scolaire, à ces parents qui doivent préparer leurs enfants pour l’école dans la noirceur du petit matin. Pas d’électricité et pas d’eau courante bien souvent, le réveil et l’organisation matérielle sont plus difficiles. Reste-t-il un morceau de pain ou quelques biscuits pour la collation des enfants ? Quelques protéines pour accompagner leur repas du midi, composé de riz et de légumineuses ? Comment laver tous les jours, au retour de la journée d’école, l’uniforme scolaire qui doit toujours être impeccable ? Trump et son implacable bourreau, Marco Rubio, s’en balancent complètement, de ces préoccupations légitimes.

Et pourtant, cette rentrée scolaire a bel et bien eu lieu. Malgré les pénuries et le manque d’énergie électrique. Plus de 1,7 million d’enfants et d’étudiants de tous les niveaux, du préscolaire à l’enseignement supérieur, avec leur uniforme scolaire impeccable de différentes couleurs, ont répondu présents à travers l’île, ont effectué le salut au drapeau et écouté l’hymne national, sous le chaud soleil des Caraïbes, heureux de retrouver leurs copains et leur profe. On a prévu des horaires flexibles, qui s’adapteront aux conditions de chaque situation spécifique.

Ma fille aussi effectuait sa rentrée scolaire à Montréal. Cette année, elle termine sa cinquième secondaire dans une école publique de quartier. Une première journée pour le moins boiteuse. Après une demi-heure d’attente dans sa classe, un employé est venu dire à la vingtaine d’étudiants qu’il n’y avait pas encore de professeur de français attitré et que quelqu’un allait venir bientôt pour « s’occuper » d’eux. La moitié de la classe est partie. Ma fille a attendu une autre demi-heure puis elle aussi est partie. Ça promet pour la suite des choses. S’il est vrai qu’à Cuba, il y a une pénurie de professeurs, en raison, entre autres, du manque de moyens adéquats dû au blocus criminel des États-Unis, il est tout aussi vrai que dans le premier monde où il n’y a pas de blocus, il y a également une pénurie de professeurs. L’an dernier, ma fille a connu un nombre exagéré de professeurs suppléants dans différentes matières. Comme si l’éducation était le dernier des soucis du gouvernement.

*** Disclaimer: This Article is auto-aggregated by a Rss Api Program and has not been created or edited by Bdtype.

(Note: This is an unedited and auto-generated story from Syndicated News Rss Api. News.bdtype.com Staff may not have modified or edited the content body.

Please visit the Source Website that deserves the credit and responsibility for creating this content.)

Watch Live | Source Article