Vestiges de la dernière glaciation il y a 12 000 ans, les Grands Lacs ne sont pas à vendre

1 week ago 10

Les eaux des Grands Lacs sont des vestiges de la dernière glaciation il y a 12 000 ans et suscitent depuis longtemps la convoitise des États-Unis, mais elles ne sont pas à vendre, rappelle un expert.

De l’extrémité ouest du lac Supérieur jusqu’au fleuve Saint-Laurent en passant par les lacs Michigan, Huron, Érié et Ontario, ce bassin constitue l’une des plus importantes réserves d’eau douce de surface de la planète.

Formé par le retrait de l’immense glacier qui recouvrait le continent il y a environ 12 000 ans, l’ensemble des Grands Lacs est fréquenté depuis des millénaires par les peuples autochtones. À partir du XVIIe siècle, avec la colonisation européenne, il est devenu l’une des principales routes du commerce des fourrures.

Selon la Commission mixte internationale, le réseau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent représentent à eux deux 20 % des eaux douce de surface de la terre. Cette carte montre l'étendue de son bassin versant.

Selon la Commission mixte internationale, le réseau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent représentent à eux deux 20 % des eaux douce de surface de la terre. Cette carte montre l'étendue de son bassin versant. Commission mixte internationale

Depuis plusieurs décennies, divers scénarios de détournement des eaux des Grands Lacs vers des régions plus arides des États-Unis reviennent périodiquement dans le débat public. L’idée serait d’acheminer une partie de cette ressource vers certains États du Midwest ou de l’Ouest américain confrontés à des pénuries d’eau.

Une bien mauvaise idée, selon Frédéric Lasserre, professeur à l’Université Laval et spécialiste de la géopolitique de l’eau.

« On a une illusion d’abondance mais si on pompait plus de 1 % des Grands Lacs, on perdrait à jamais cette eau ‘’fossile’’ qui ne se renouvelle pas », explique-t-il.

Ne touchez pas à nos lacs

Au début des années 2000, plusieurs projets de transfert d’eau vers des régions américaines affectées par la sécheresse ont suscité l’opposition des populations riveraines, tant aux États-Unis qu’au Canada. Cette mobilisation a mené à l’adoption d’ententes et de lois bilatérales restreignant fortement les prélèvements et les dérivations à grande échelle.

« C’est là que le bât blesse, commente M. Lasserre. Cet accord a été négocié entre les États américains riverains, le Québec et l’Ontario. Du côté américain, il a été entériné par une loi du Congrès. Mais, comme n’importe quelle loi du Congrès, elle pourrait être abrogée. »

Pour l’instant, le président Donald Trump n’a pas manifesté d’intérêt particulier pour cette ressource. Le partage de l’eau pourrait toutefois devenir un sujet de friction majeur entre le Canada et les États-Unis si les effets des changements climatiques accentuaient les pénuries dans certaines régions américaines.

Frédéric Lasserre est professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval. Il dirige le Centre Québécois d’Études géopolitiques.

Frédéric Lasserre est professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval. Il dirige le Centre Québécois d’Études géopolitiques. Université Laval

Un long historique de coopération

Au fil de l’histoire, Autochtones, Français, Britanniques, puis Canadiens et Américains ont partagé les rives de ces vastes plans d’eau.

À partir du XXe siècle, les deux pays ont dû collaborer davantage pour gérer les niveaux d’eau du réseau des Grands Lacs et du Saint-Laurent. L’objectif était notamment de favoriser la navigation commerciale et la production hydroélectrique.

Mis en service en 1958 entre Cornwall, en Ontario, et Massena, dans l’État de New York, le barrage Moses-Saunders régule les débits du Saint-Laurent et contribue à la gestion des niveaux d’eau du lac Ontario.

La Voie maritime du Saint-Laurent, aménagée à la même époque, est exploitée conjointement par le Canada et les États-Unis. La Commission mixte internationale joue également un rôle central dans la gestion du système hydrique transfrontalier. Selon Frédéric Lasserre, cette coopération fonctionne généralement bien, notamment parce que les infrastructures stratégiques sont réparties de part et d’autre de la frontière. Tout le monde a donc intérêt à maintenir de bonnes relations.

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