Un roman comme un collier de perles

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Le 12 août, il faut maintenant acheter un livre québécois. Moi, j’ai pris de l’avance : tôt le 11, j’ai acheté C’était ça ou mourir.

J’ai ouvert ce premier roman de Thélyson Orélien vers midi et je l’ai refermé tard mardi soir après deux pauses repas. Il me restait le temps d’écrire la chronique d’aujourd’hui. Si je parle de ce livre comme d’un collier de perles, c’est que ce récit comporte tellement de perles qu’on pourrait en faire le plus somptueux des colliers littéraires.

Des perles comme : « Les lits superposés grinçaient comme des regrets. Et l’air sentait la sueur tiède, les pieds fatigués et la colère ravalée »... « Petit, sec, l’œil noir comme l’oubli, la voix douce comme du thé amer »... « La neige qui tombe, c’est Dieu qui oublie de se retenir »... « Junior tremblait toujours. Ses yeux clignaient comme des ampoules fatiguées »... « Vivre avec 229 dollars (par mois) dans un pays qui vend les bananes à l’unité, c’est comme nager sans bras »... « Je me suis rappelé qu’ici, ce n’est pas ce que tu sais qui compte, c’est ce qu’ils croient que tu ignores ».

Ce roman qu’on dévore en remettant jusqu’à la limite chacune des pauses que la nature impose raconte l’incroyable transhumance de Jonas Dorléon, petit instituteur de Carrefour-Feuilles, en Haïti. Il traversera l’impossible jungle du Darién, entre la Colombie et le Panama, jusqu’à Buenos Aires, jusqu’au fameux chemin Roxham avant d’aboutir à Montréal.

Orélien et son double

Thélyson Orélien avoue qu’il n’a pas lui-même fait tout le périlleux chemin de croix qu’entreprennent chaque jour des centaines de migrants des quatre coins d’un monde de misère. N’empêche qu’il est difficile de croire que ce Jonas Dorléon qui se raconte tout au long de ces 263 pages n’est pas son double. Semblable odyssée ne s’invente pas. Migrant lui aussi, le romancier a dû rencontrer des dizaines de ses semblables qui lui ont raconté leur infortune et leur détresse. Autour de moi, d’autres visages marqués, d’autres mains calleuses, d’autres sacs informes pleins de rien...

Aux dernières nouvelles, le roman de Thélyson Orélien sera traduit en 18 langues et publié dans 21 pays. Il redonnera sûrement le goût de lire à ceux qui avaient délaissé les livres pour le leurre des réseaux sociaux.

Que le film attende !

La tentation doit déjà être forte de tirer un film du roman ou une série Netflix ou Amazon. J’entends déjà rugir le lion de la Metro-Goldwyn-Mayer ! De grâce, qu’on attende que plus de lecteurs puissent découvrir le roman et la déclaration d’amour de la page 260 : « Le Québec, c’est une vieille maison encore debout malgré les tempêtes. C’est une langue qui se débat pour rester vivante, et qui m’a accueilli, moi, avec mon accent de l’autre côté de la mer. C’est un peuple qui a connu ses propres colons, ses propres humiliations, ses propres silences – et qui, parfois, reconnaît les nôtres. »

Merci, merci beaucoup, monsieur Orélien !

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