Après plus de trois siècles de présence au cœur de l’histoire de Québec, les Augustines s’apprêtent à quitter le monastère de l’Hôpital général. Un départ historique qui met fin à une présence ininterrompue depuis 1693.
En effet, les Augustines quitteront à la mi-septembre le monastère de l’Hôpital général de Québec, situé dans la municipalité enclavée de Notre-Dame-des-Anges, entre les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Les religieuses seront accueillies à la Résidence Marcelle-Mallet des Sœurs de la Charité, à Beauport.
« C’est avec un pincement au cœur que nous quittons ces lieux-là, oui, mais je peux vous dire que nous sommes sereines parce que c’est une décision qui est mûrement réfléchie. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Ça fait quelques années qu’on y pense », a déclaré Sr Lise Tanguay, supérieure du monastère de l’Hôpital général.
« Ce qui a été l’élément déclencheur, c’est la diminution rapide de nos effectifs, ainsi que le vieillissement. Cela s’est accentué plus rapidement que l’on pensait. C’est là qu’on a commencé à réfléchir avec l’aide de personnes compétentes sur l’avenir. Nous avons des bâtiments très grands, autant ici qu’à l’Hôtel-Dieu, que nous avons toujours entretenus et dans lesquels nous avons été heureuses de vivre, mais là, voyez-vous, ici nous demeurons 19 sœurs dont 12 vivent à l’infirmerie », a-t-elle ajouté.
À titre de comparaison, le monastère de l’Hôpital général comptait 75 religieuses en 2016, dont certaines provenant de trois autres congrégations. Quant au déménagement, les choses se feront progressivement.
Le souhait exprimé par les Augustines est que le monastère demeure « un lieu de vie » dans le futur. La forme que prendra la future vocation reste à déterminer avec les différents partenaires impliqués. D’ici là, les religieuses maintiendront sur place leurs services administratifs et le personnel pour assurer la sécurité des lieux.
« Il y a plusieurs possibilités qui s’ouvrent à nous. C’est sûr qu’il faut que la ou les personnes qui vont prendre en charge ce patrimoine aient la capacité de l’entretenir et de continuer à le garder en santé comme on l’a fait pendant 333 ans », a-t-elle poursuivi.
Cette décision n’est pas sans avoir ébranlé la communauté religieuse, a confié la sœur supérieure.
« On pensait finir nos jours ici. La réalité nous a rattrapés. (...) Au début, ç’a été comme un choc. Il y a une sœur qui vit ici depuis 72 ans. Le cheminement s’est fait. On a continué à progresser dans notre vision et ça nous a aidés d’en parler. »
Dans ces lieux chargés d’histoire, qui ont été épargnés par les guerres et les incendies de la Basse-Ville, leur présence à l’Hôpital général de Québec remonte à 1693, alors qu’elles se voient confier la direction de l’établissement, installé dans le couvent des Récollets dont les origines remontent à 1620.
Bien que l’Hôpital général ait été pris en charge par l’État avant d’être transformé en centre de soins de longue durée, les Augustines ont toujours assuré une présence en occupant le monastère attenant qui est resté leur lieu de résidence au fil des ans.
Les religieuses sont assurées que la prochaine année permettra de déterminer les assises d’un projet de requalification du monastère « porteur pour la population ». De plus, d’ici la fin de l’année, les sœurs qui résident au monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec rejoindront celles de l’Hôpital général, à Beauport.
« (...) Aujourd’hui, en ouvrant notre maison aux Augustines, nous sommes heureuses d’accueillir ces femmes qui ont tant contribué au développement social, hospitalier et humain du Québec », a déclaré Sr Monique Gervais, supérieure générale des Sœurs de la Charité de Québec.
Cette nouvelle page d’histoire s’ajoute à toutes celles que les Augustines ont écrites depuis leur arrivée en Nouvelle-France en 1639 et à la suite de la fondation de douze hôpitaux au Québec aujourd’hui encore en activité.
Le monastère de l’Hôpital général de Québec en quelques dates
1620 — À la demande de Samuel de Champlain, les Récollets construisent un couvent et une église près de la rivière Saint-Charles.
1629 — Départ des Récollets à la suite de la prise de Québec par les frères Kirke.
1670 — Retour des Récollets et reconstruction du couvent et de l’église.
1673 — Bénédiction de l’église Notre-Dame-des-Anges encore en usage aujourd’hui.
1692 — Mgr de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, acquiert le couvent des Récollets pour y établir un hôpital général.
1693 — Les Augustines prennent en charge l’Hôpital général.
1721 — Création de la paroisse Notre-Dame-des-Anges.
1759 — Les Augustines prennent soin des combattants de la guerre de conquête à l’Hôpital général.
1775 — Le monastère et l’hôpital sont occupés par les révolutionnaires de la Nouvelle-Angleterre.
1845 et 1866 — L’Hôpital général est épargné par les grands incendies qui ravagent la basse-ville et devient un refuge pour les sinistrés.
1855 — Érection de la municipalité de Notre-Dame-des-Anges.
1966 — L’Hôpital général est dirigé par des laïcs et sera plus tard pris en charge par l’État.
2016 — Le monastère devient lieu de résidence de diverses congrégations accueillies par les Augustines.
2026 — Départ définitif des Augustines.
Source : Monastère de l’Hôpital général de Québec
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