Un chantier pas comme les autres: la maison écologique d'Emmanuel Bilodeau

11 hours ago 16

J’ai reçu le comédien Emmanuel Bilodeau cette semaine à Salut Bonjour. Il venait nous parler du film Tissé serré, mais j’en ai profité pour pousser la conversation. Pourquoi ? Parce qu’il est en plein projet de construction... écologique.

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Comme j’ai déjà donné dans la rénovation — qui s’est finalement transformée en véritable construction, comme certains l’ont peut-être vu à la télé — j’ai sorti mon crayon, mis ma feuille bien à l’équerre... et on a jasé.

Visionnez l’entrevue avec Emmanuel Bilodeau à Salut Bonjour en cliquant sur la vidéo ci-dessus

Qu’est-ce que ça veut dire, construire une maison écologique ?

Ça commence par le choix des matériaux. On privilégie le plus possible des matériaux biosourcés, donc issus de ressources naturelles. Par exemple, notre isolation sera faite de cellulose, essentiellement du papier journal recyclé.

On installe aussi des fenêtres de très grande qualité, des triples vitrages fabriqués au Québec, pour limiter les pertes de chaleur. On achète local autant que possible, on évite les matériaux pétroliers et on construit pour que la maison dure longtemps.

On a aussi choisi de ne pas avoir de sous-sol, pour éliminer les risques d’infiltration d’eau, et une toiture de tôle qui, si on en prend soin, va durer une éternité... Bon, peut-être pas 300 ans, mais presque !

Avez-vous choisi certains matériaux pour réduire votre empreinte environnementale ?

On essaie d’éliminer le plastique le plus possible. Il n’y aura pas de pare-vapeur en plastique dans les murs. La seule exception, c’est sous la dalle de béton. Ça me gosse un peu, mais c’était incontournable.

Les fenêtres seront isolées avec de la laine de chanvre plutôt qu’avec de l’uréthane. Le bois demeure notre principal matériau. Oui, il faut couper des arbres, mais c’est une ressource renouvelable qui emmagasine du carbone.

Même chose pour la toiture en tôle : elle dure beaucoup plus longtemps qu’un bardeau d’asphalte, qui est fabriqué à partir de produits pétroliers et qu’il faut remplacer après quelques décennies.

Y a-t-il un choix écologique qui vous fera économiser à long terme ?

Honnêtement, à mon âge, je ne profiterai peut-être pas de toutes les économies. Je construis surtout pour la durabilité.

Cette maison ne prendra jamais l’eau puisqu’elle n’a pas de sous-sol. Si on en prend soin, elle traversera les générations. C’est un investissement pour ceux qui viendront après nous.

Y a-t-il des rêves que vous avez dû abandonner ?

Oui. J’aurais aimé installer une immense citerne souterraine de 5000 litres pour récupérer l’eau de pluie et alimenter les toilettes ainsi que la laveuse. C’était trop coûteux et trop complexe.

Même chose pour les panneaux solaires avec batteries. On reporte le projet, mais la maison sera « solar ready ». Toute l’infrastructure sera déjà prévue pour les ajouter facilement plus tard.

On a aussi laissé tomber la géothermie, trop chère, ainsi que le toit végétalisé, incompatible avec notre toiture en pente.

Notre défi, c’était de construire une maison écologique, mais qu’on était capables de payer !

Quelle est l’erreur que commettent plusieurs personnes lorsqu’elles veulent construire écologique ?

Vouloir tout faire. Les panneaux solaires, la géothermie, le toit végétalisé, la récupération des eaux de pluie... on se dit : « Tant qu’à y être ! » Et c’est là que le budget explose.

Nous, notre seul vrai « tant qu’à » a été un mur de terre crue. On l’a fabriqué nous-mêmes avec la terre du terrain, un peu d’eau, de petites pierres et seulement 5 % de ciment. On a pressé plus de 400 blocs de 20 livres chacun ! Ce mur accumulera la chaleur du soleil durant l’hiver pour la redistribuer pendant la nuit. C’est fascinant comme matériau.

Emmanuel Bilodeau en plein façonnage de briques de terre crue.

Emmanuel Bilodeau en plein façonnage de briques de terre crue. Photo fournie par Emmanuel Bilodeau

Un mur de leur maison écologique est entièrement fait de briques de terre crue, façonnées à la main.

Un mur de leur maison écologique est entièrement fait de briques de terre crue, façonnées à la main. Photo fournie par Emmanuel Bilodeau

Quel petit geste écologique recommanderais-tu à quelqu’un qui rénove ?

Le meilleur conseil, c’est de prendre son temps. Bien planifier son chantier évite énormément de dépenses inutiles. Ensuite, si on peut éviter certains matériaux moins sains, comme la laine rose, tant mieux. Aujourd’hui, il existe de très bonnes alternatives : la laine de roche, la laine de chanvre ou la cellulose. En Europe, ils utilisent déjà beaucoup la fibre de bois, probablement l’un des meilleurs isolants qui existe. On s’en vient tranquillement vers ça ici aussi.

Qu’est-ce qui a le plus changé votre vision de l’habitation ?

La qualité de l’air. Notre ancienne maison était insalubre. On respirait probablement des moisissures et même du pipi de souris. On a enduré ça quatre ans, heureusement sans y vivre à temps plein. Aujourd’hui, tout est pensé pour offrir un environnement sain.

On a aussi fait réaliser une modélisation énergétique afin de déterminer précisément la taille des fenêtres et leur orientation. Beaucoup de maisons ont d’immenses fenêtres plein sud. C’est magnifique... mais elles surchauffent l’été et perdent énormément de chaleur l’hiver. Nous, on voulait trouver le bon équilibre.

J’aimerais construire plus vert, mais je ne sais pas par où commencer.

Prenez votre temps. Lisez, informez-vous et allez faire un tour sur le site d’Écohabitation. Ils offrent des formations, des stages et une quantité incroyable d’information.

Et surtout, parlez avec des gens qui l’ont déjà fait. C’est souvent comme ça qu’on évite les erreurs les plus coûteuses.

Quel détail de votre maison risque de rendre vos amis jaloux ?

Le terrain. On est face à un étang, avec une rivière et un boisé. C’est magnifique.

Pour le reste, notre maison est d’une simplicité assumée : un simple rectangle.

Plus une maison est compliquée à construire, plus elle coûte cher. Nous, on voulait investir dans la qualité, pas dans les extravagances.

Et de toute façon, nos amis ne seront pas jaloux. Ils viennent tellement souvent nous aider sur le chantier qu’ils vont tous finir par avoir un petit morceau de cette maison-là !

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