Les nouveaux droits de douane du gouvernement Trump, qui ont provoqué l’effondrement de BRP il y a deux semaines, frappent aussi comme jamais auparavant les PME du secteur de la transformation de l’aluminium au Québec.
« On essaie d’être plus agile, de réduire nos dépenses au maximum et de diversifier nos sources de revenus, énumère au bout du fil Amélie Poirier-Borduas, la directrice du développement de Cyrell AMP. Mais malgré tous nos efforts, ça demeure très difficile. »
Située à Beloeil, en Montérégie, l’entreprise se spécialise depuis 1997 dans la fabrication de panneaux architecturaux destinés au recouvrement d’édifices commerciaux et multirésidentiels.
Le chômage pour 20 % des employés
Avec 30 % des revenus provenant des États-Unis, l’entreprise a tout de suite ressenti les effets du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Du jour au lendemain, sa croissance habituelle de 30 % s’est arrêtée net, son chiffre d’affaires a chuté de 10 % et les pertes de commandes se sont multipliées. Une réalité nouvelle qui l’a forcée à réduire de 20 % la taille de ses effectifs.
À quelques kilomètres de là, à Sainte-Julie, ALU MC3 apprend aussi – faute de mieux – à composer avec l’incertitude liée aux multiples changements qu’impose Washington sur les échanges commerciaux avec le Canada.
Le dernier changement en date s’est imposé, sans prévenir, au début avril. Dès lors, les tarifs douaniers ne s’appliquaient plus seulement sur la valeur de l’aluminium utilisé dans les produits assemblés, mais bien dorénavant sur la valeur totale des biens fabriqués au Canada qui sont vendus aux États-Unis.
Des commandes annulées
Le changement est majeur. Avec pour conséquence immédiate de faire exploser les prix des produits que les entreprises du secteur vendent au sud de la frontière.
« Par exemple, une commande de 60 000 $ s’est transformée sous ce nouveau régime à 72 000 $ du jour au lendemain, illustre le vice-président de ALU MC3, Bruno Montgrain. Inutile de vous dire que le client américain n’a pas mis de temps à nous appeler pour annuler sa commande. »
L’entreprise spécialisée dans la fabrication de structures d’aluminium et d’acier destinées à l’éclairage et à la signalisation routière est parvenue malgré une baisse d’au moins 10 % de ses ventes jusqu’à présent, à garder la tête hors de l’eau sans réduire ses effectifs.
Un travailleur chinois à l'oeuvre sur une pièce moulée en alliage d'aluminium destinée à des équipements électriques à haute tension dans une usine de la ville de Sijia, dans la province du Jiangsu, dans l'est de la Chine. L'industrie québécoise souhaiterait voir ce type d'importation à moindre coût être limité par l'instauration de tarifs ou quotas. Photo d'Archives, AFP
« Disons qu’on use de beaucoup d’ingéniosité pour garder nos équipes au travail. L’incertitude est grande », confie le pdg d’ALU MC3, en particulier en cette époque où la plupart des clients ont pour réflexe de mettre la pédale douce sur leurs projets d’investissement.
« Rien de ce qui se passe dans notre business actuellement est tout à fait normal, dit M. Montgrain. Vu les circonstances, un peu d’aide ne serait évidemment pas de refus. »
De l’aide, ça presse
Voilà exactement le genre de solution que tente urgemment d’obtenir des gouvernements pour ses membres, AluQuébec, le secrétariat de la grappe de l’industrie de l’aluminium au Québec.
En plus de subventions ou prêts sans intérêt destinés aux entreprises du secteur, et l’imposition des règles forçant les gouvernements à s’approvisionner auprès d’entreprises québécoises, sa PDG Charlotte Laramée rêve de voir apparaître des quotas ou des tarifs antidumping sur l’importation.
« Jusqu’à présent, les industries du bois et de l’acier ont été entendues par les gouvernements qui ont fini par agir contre la concurrence déloyale de pays qu’on dit à moindres coûts. Aux prises avec les mêmes démons, fait-elle valoir, l’industrie de la transformation de l’aluminium mérite la même attention. Et, pour tout vous dire, le plus vite sera le mieux. »
Fait saillant : Le secteur de la transformation industrielle de l’aluminium comprend 1730 entreprises. Ces dernières regroupent 30 000 emplois et cumuleraient des ventes de 11 milliards $ annuellement, selon AluQuébec.
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1 week ago
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