Racisme au SPVM : les caméras corporelles sont-elles vraiment la solution?

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Les comportements racistes allégués de plus d’une quinzaine de policiers du SPVM ravivent le débat sur le port de caméras corporelles. Mais sont-elles vraiment la solution pour éviter ce genre de situation ?

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Vendredi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a révélé que 16 policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, sont soupçonnés d’avoir eu des comportements racistes.

Ils auraient notamment coupé des dreadlocks d’individus qu’ils ont interpellés et les auraient collectionnés comme trophées de chasse.

Aussitôt la nouvelle ébruitée, la mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada s’est engagée, avec le ministère de la Sécurité publique, à accélérer le projet d’implantation de caméras corporelles qui stagne depuis plusieurs années.

« Le lien de confiance entre la population et ceux et celles qui sont là pour nous protéger est fragilisé », a-t-elle ajouté samedi en conférence de presse. Pour elle, la situation est la manifestation de racisme systémique.

L’ex-policier Robert Poëti a, lui aussi, appelé à ce que la technologie soit implantée au plus vite, lundi, sur les ondes de QUB radio.

Pour le professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, Massimiliano Mulone, il est « très difficile » de déterminer si des caméras corporelles auraient changé la donne, puisqu’on dispose de très peu d’informations sur les comportements allégués.

« Ça me surprendrait qu’on règle un problème aussi compliqué que le profilage racial ou le racisme dans notre société avec des caméras », souligne-t-il néanmoins.

Une mesure « contre-productive »

Pour le professeur Mulone, l’implantation de la technologie est même « contre-productive ».

D’une part, à cause des investissements importants que l’installation des caméras ainsi que la gestion du matériel et des données nécessitent au fil des années.

Il dénonce aussi la décision d’investir des millions de dollars dans une technologie dont l’efficacité contre le profilage policier n’a pas été prouvée.

« C’est la dernière des bonnes idées », lance-t-il.

Un des modèles de caméra corporelle testés par les policiers de Toronto, qui en sont munis depuis 2020.

PHOTO courtoisie SERVICE DE POLICE DE TORONTO 

Un des modèles de caméra corporelle testés par les policiers de Toronto, qui en sont munis depuis 2020.

M. Mulone estime que les sommes auraient été mieux investies si elles avaient été allouées à « d’autres services publics, d’autres missions, d’autres organismes qui pourraient aider même plus efficacement à lutter contre le profilage racial ».

Dans son plus récent budget, la Ville a alloué 40 millions au projet de caméras corporelles.

D’autre part, contrairement à Robert Poëti, qui a affirmé qu’« une image vaut 1000 mots », M. Mulone croit que les images ne représentent pas nécessairement la vérité.

Les caméras corporelles sont contrôlées par les policiers qui les portent. Ils peuvent donc les allumer et les éteindre comme bon leur semble durant une intervention.

Un policier soupçonné d’un acte quelconque pourrait « alléguer l’erreur, l’oubli ou la défaillance technique », énumère le professeur, voire être blâmé pour n’avoir pas allumé sa caméra plutôt que de recevoir un blâme parce qu’il a été raciste, par exemple.

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Où les caméras sont-elles implantées ?

Placées au niveau du torse, les caméras corporelles filment ce qui se déroule du point de vue des policiers qui les portent. De manière générale, l’agent doit commencer l’enregistrement au début d’une intervention et peut l’arrêter quand il veut ; elles ne filment pas de manière continue.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) affirme sur son site web que ces dispositifs servent à « améliorer la confiance entre les policiers et les communautés qu’ils servent, car elles sont un moyen indépendant, impartial et objectif d’enregistrer les interactions entre les policiers et la population ». En juin 2025, 63 % des 10 000 caméras étaient en service.

Quelques autres corps policiers au Canada utilisent les caméras corporelles, dont à Toronto, où une enquête de Radio-Canada a révélé que certains omettaient de les activer parfois de manière injustifiée, et à Edmonton. Après un projet pilote, les policiers d’Ottawa en seront munis d’ici 2027.

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