Jeudi matin, j’ai demandé aux téléspectateurs de LCN de me transmettre leurs suggestions de classiques de la littérature québécoise que les élèves du secondaire devraient lire à l’école.
C’était en écho à l’engagement du Parti Québécois, présenté mercredi, de demander à des experts d’établir une liste de « classiques québécois et de la francophonie », qui deviendraient « obligatoires dans les cours de français ».
L’idée d’un « canon » québécois m’a depuis longtemps semblé nécessaire. Toute nation devrait avoir comme objectif d’en constituer un ; même s’il n’est pas facile, voire impossible, à fixer. C’est une sorte d’idéal nécessaire... bien qu’inatteignable.
Et les nombreuses suggestions enthousiastes des téléspectateurs me l’ont une fois de plus prouvé. (J’en ai tiré l’intéressante liste ci-jointe.)
Le survenant
Campagne électorale de 2007 : Jean Charest présente ses engagements en éducation. Je lui demande, à ses yeux, quel roman québécois serait obligatoire au secondaire. Le chef libéral propose sans hésiter Le survenant, de Germaine Guèvremont, défendant son choix avec éloquence. Son ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier, lui, répond platement qu’il n’y a pas, dans son esprit, de grand livre « que toutes les générations devraient lire ». L’essentiel : proposer des lectures « qui intéressent les jeunes ». La réponse totalement relativiste de Fournier m’avait déçu. Tout ne se vaut pas !
Proposer un canon, c’est se donner des références communes ; ça permet à l’élève de s’imbiber de ce que les adultes avant lui ont considéré comme admirable. La culture se construit ainsi à partir de ce débat (jamais terminé) sur ce qu’il y a de meilleur ; sur les savoirs incontournables. Ça rejoint la comparaison (peut-être imparfaite) que m’a proposée un téléspectateur, hier : « Un prof de maths n’a pas le choix d’enseigner le théorème de Pythagore. Pourquoi un prof de français devrait, lui, avoir totale liberté sur ce qu’il enseigne ? »
CAQ
La CAQ a jonglé avec l’idée d’un canon. En 2021, les jeunes caquistes proposent formellement de constituer « un cursus d’œuvres marquantes de la littérature québécoise » qui serait enseigné « à tous les élèves du Québec ». Ainsi, on rassemblerait « les citoyens de toutes origines autour d’une culture commune ». Notons qu’à ce moment, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, rejette l’idée.
Mais l’idée de s’imprégner davantage du Québec à l’école fait son chemin : entre autres dans le cours Culture et citoyenneté québécoise, qui a remplacé le nébuleux Éthique et culture religieuse. De plus, Bernard Drainville, ministre de l’Éducation, lance en 2022 une révision du programme de français au primaire et au secondaire. Lorsqu’il sera implanté en 2027, il intégrera les « œuvres d’ici » comme « leviers pour enseigner les règles – de grammaire, d’orthographe et de ponctuation ».
Au fait, le ministère offre déjà un répertoire contenant « de nombreuses œuvres littéraires dans lequel les enseignants peuvent puiser ». Nommé Constellation, celui-ci comporte plus de... 13 000 œuvres « du Québec, du Canada, de la francophonie internationale et du monde entier » ! On est loin d’un vrai canon national.
PROPOSITIONS DES TÉLÉSPECTATEURS
Yves Beauchemin, Le matou
Chrystine Brouillet, Promesse d’éternité
Chrystine Brouillet, la série policière Maud Graham
Arlette Cousture, Les filles de Caleb
Réjean Ducharme
Marcel Dubé, Zone
Germaine Guèvremont, Le Survenant
Anne Hébert
Louis Hémon, Maria Chapdelaine
Michel Jean, Kukum
Marie Laberge
Félix Leclerc
Roger Lemelin, Les Plouffe
Gaston Miron, L’homme rapaillé
Émile Nelligan
Mordecai Richler, L’apprentissage de Duddy Kravitz
Mordecai Richler, Le monde de Barney
Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion
Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince
Félix-Antoine Savard, Menaud, maître-draveur
Michel Tremblay, Les belles-sœurs et La grosse femme d’à côté est enceinte
Sylvain Trudel, Le souffle de l’harmattan
Yves Thériault, Agaguk
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1 week ago
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