Quand la mort court après le marchand de bonheur de Québec

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Vous ne connaissez probablement pas Gino Vallée. Mais il y a de fortes chances que cet homme-là vous ait rendu heureux à un moment dans votre vie.

Depuis 33 ans, si vous avez sauté dans un jeu gonflable ou chevauché un taureau mécanique, il y a de fortes chances qu’il y ait du Gino Vallée derrière tout ça.

Son ami André Lachance et lui ont fondé l’entreprise Proludik en 1993. Ils offraient la location de quelques jeux gonflables. Aujourd’hui, c’est plus de 400 jeux et 2800 événements par année à la grandeur du Québec. C’est un merveilleux succès entrepreneurial de chez nous, à Québec.

Gino Vallée, en 2014, devant un de ses jeux gonflables.

Gino Vallée, en 2014, devant un de ses jeux gonflables. Photo fournie par Gino Vallée

Et il symbolise bien ce qu’il offre comme produit : du bonheur. C’est un méchant bon gars, fin comme tout, qui a les valeurs à la bonne place. Je le connais depuis 20 ans.

Ton équipe de hockey vend des barres de chocolat ? Va voir Gino, il va acheter trois boîtes. Ton équipe de baseball cherche des commandites ? Gino t’a déjà envoyé 500 $. Proludik s’est aussi grandement impliquée dans des causes pour les enfants, comme Leucan et Enfant Soleil, notamment, en plus de diverses fondations.

Du repos inquiétant

À 56 ans, le père et grand-père commençait à être un peu fatigué. Il y a 17 mois, il a donc décidé de vendre ses parts.

Il prend alors un peu de repos, notamment en partant faire le tour du Canada en roulotte avec son épouse. Mais il ne se sent pas bien. Il a besoin de dormir et a des maux de ventre. À Victoria, en Colombie-Britannique, il est admis à l’hôpital.

Dans sa façon insensée de choisir après qui courir, la mort s’est mise à poursuivre Gino, un gars qui s’entraîne depuis 22 ans, qui ne fume pas, qui ne boit pas vraiment et qui passe sa vie à rendre le monde heureux.

Les médecins sont incapables d’identifier sa maladie à Vancouver. On lui suggère de retourner à Québec, mais en avion. Sinon, il ne se rendrait pas.

Gino Vallée organise une marche pour lutter contre le myélome multiple le 27 septembre 2026 à la station Le Relais, à Lac-Beauport.

Gino Vallée organise une marche pour lutter contre le myélome multiple le 27 septembre 2026 à la station Le Relais, à Lac-Beauport. Photo Stevens LeBlanc

« Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait », me raconte Gino.

Trois jours plus tard, il était admis à l’Hôtel-Dieu de Québec. C’était le 15 septembre, il y a un an. Trois jours après, il avait son diagnostic et commençait la chimiothérapie.

Le choc

Gino a appris qu’il était atteint d’un myélome multiple à haut risque. C’est un cancer du sang incurable. Une maudite cochonnerie.

Tu peux vivre avec ça durant 16 ans. Tu peux mourir en quelques mois. Gino est, en plus, atteint d’une forme agressive. Ça peut attaquer partout dans le corps. Lui, ce sont les reins qui ont été touchés. Ils fonctionnent à 25 %.

Même si les pronostics n’étaient pas vargeux, la machine s’est battue comme un fou : 24 traitements de chimio et une greffe de cellules souches plus tard, il est en rémission.

Le cancer est toujours là. Il y sera toujours.

« Il peut revenir dans un an », me dit-il.

Mais il dort.

Des frisoux

Je l’ai vu en personne pour la première fois depuis quelques mois pour cette chronique.

De loin, je ne le reconnaissais pas. Je me suis approché et j’ai compris qu’il a maintenant les cheveux frisés. Drôle d’idée, une permanente, me suis-je alors dit.

« Je n’ai jamais été frisé de ma vie », bouffonne-t-il. « C’est ce que la nature a voulu. »

Voilà quelque chose que je ne savais pas concernant les greffes et la chimiothérapie. Désolé pour mon idiotie.

Le 30 janvier, il a subi une greffe de cellules souches, suivie de chimiothérapie. Et les cheveux peuvent décider de repousser bien différemment après être tombés.

Ça fait aussi de lui une personne immunosupprimée. La veille de notre entrevue, il était hospitalisé pour une niaiserie qui s’est transformée en pneumonie. Mais il a reçu son congé, il tenait à être là et c’était le même bon vieux Gino que je connaissais.

Frisé, en plus.

Sa façon de se battre

Il a versé plusieurs larmes quand il a parlé de sa dernière année.

« Tu te sens inutile. J’ai tellement donné, j’ai tellement travaillé. Tu te dis que, voyons, à ton âge, ce n’est pas normal de ne rien faire chez nous. Je me disais que je pourrais faire du bénévolat, aider, servir à quelque chose », lance-t-il.

Comme s’il n’avait jamais été capable d’accepter de prendre le temps de se battre pour sa vie, à lui, car il pensait aux autres.

Il y a deux façons de voir tout ça, à son sens.

« Soit que je vois le verre à moitié vide et que je me dis que c’est un cancer incurable qui ne se guérira jamais. Oui, soit que je me dis que c’est une maladie chronique qui se traite et qui me permettra de vivre encore longtemps », me raconte-t-il.

Et il continue.

« On ne choisit pas d’être malade. Mais on peut choisir la façon avec laquelle on vit avec la maladie. Je ne veux pas vivre avec le cancer en me disant que je fais pitié. Moi, je veux passer au travers et battre des records de longévité. Et si je n’y arrive pas, j’aurai essayé », poursuit-il.

Gino est un gars terre à terre. Mais ça ne l’empêche pas de se demander pourquoi cette maladie lui est tombée dessus.

« C’est vrai qu’on s’est souvent qualifiés de marchands de bonheur. J’ai vendu du plaisir toute ma vie. Sans fausse modestie, je pense que j’ai été un bon employeur, une bonne personne. Plusieurs de mes anciens employés m’ont envoyé des dons pour la recherche. Ça me touche beaucoup », poursuit-il, en prenant quelques pauses en sanglot.

Chaque année, Proludik organise une mégafête à Québec en installant plusieurs de ses jeux gonflables. Ça, c’est l’édition de 2015 au stade Leclerc.

Chaque année, Proludik organise une mégafête à Québec en installant plusieurs de ses jeux gonflables. Ça, c’est l’édition de 2015 au stade Leclerc. Photo d'Archives, ANNIE T. ROUSSEl

Il m’a répété à quel point il donnerait sa vie pour ses enfants. Il se demande si, quelque part, le fait de devoir affronter tout ça pourrait, en contrepartie, protéger ses enfants de quoi que ce soit.

« Ça doit arriver à moi. Pas à eux », a-t-il laissé tomber.

Pas de pitié

« J’ai toujours été fort pour ma famille. C’est ce qui a été le plus dur. La peine que tu fais autour de toi. Beaucoup plus que d’apprendre le cancer. De voir mes enfants et ma femme pleurer, ça me débâtissait. Je suis resté fort devant eux. Je ne veux pas qu’ils aient des casse-tête à cause de moi. Je ne veux pas être pris en pitié. Est-ce que dans 10 ans, je serai là ou ce sera pareil ? Je ne sais pas, mais là, je me bats, j’avance. »

Philosophiquement, il veut aussi donner un sens à tout ça.

« C’est soit pour me ralentir, soit pour me faire apprécier la vie au jour le jour. J’ai toujours vécu en pensant au futur [...] Maintenant, je dis toujours oui. Quelqu’un veut jouer au golf ou souper ? Je dis oui ! »

D’ailleurs, au golf, il a humblement concédé qu’il était encore capable de frapper 300 verges, le batinse.

Gino Vallée invite Québec à la Marche Myélome Multiple, qui se tiendra le 27 septembre à la station Le Relais. On attend plus de 500 personnes. Québec a souvent été la ville la plus généreuse au Canada.

Par un triste hasard, Gino était le président d’honneur de cette marche en 2023 pour soutenir un ami.

« C’est le deuxième cancer du sang le plus répandu à travers le monde. Il y a 12 nouveaux cas par jour au Canada et ça attaque de plus en plus de jeunes », relate Gino.

Pour contribuer à la cause, rendez-vous au avecgino.com.

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