Qu'est-ce que le Sud global et pourquoi il redessine l'ordre mondial aujourd'hui

1 week ago 14

À la faveur de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, aussi bien dire l’OTAN, la présence d’un nouvel acteur, le Sud global, s’est réaffirmé comme force non négligeable avec laquelle il faudra désormais compter : une majorité de ces pays ont refusé de condamner la Russie. 

Dans l’essai Sud global, Coulon, Jaafari et M’silti nous apprennent que même si les pays du Nord global, les États-Unis en tête, font tout pour les ignorer, les pays du Sud global existent bel et bien, et cela depuis plusieurs décennies, en fait depuis le milieu des années 1950, avec la création du Mouvement des non-alignés, alors que des pays nouvellement indépendants sont apparus sur la scène internationale.

Quand on fait référence au Sud global, on ne parle pas d’une organisation structurée, du moins pas encore. Cependant, ces pays du Sud global représentent aujourd’hui une force économique réelle, et ils aspirent même, à travers une structure comme les BRICS+, à commercer en dehors de la zone dollar.

Le début de la fin

La révolte des esclaves haïtiens, à la fin du XVIIIe siècle, et la proclamation subséquente d’indépendance d’Haïti en 1804 marquent très certainement, selon les auteurs, le début de la fin des vieux empires coloniaux.

À la veille de la Première Guerre mondiale, l’Empire britannique occupait à lui seul 25 % de la surface terrestre. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme s’était généralisée en Afrique et en Asie.

C’est à New Delhi, en Inde, en 1947, que se sont réunies, pour la première fois, vingt-sept nations asiatiques ainsi que l’Égypte pour jeter les bases du non-alignement : « lutte contre l’impérialisme, appui aux mouvements de libération nationale, recherche d’un renouveau économique ». Puis : « respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, non-agression mutuelle, non-intervention dans les affaires intérieures, égalité des droits et avantages mutuels, coexistence pacifique. »

Mais c’est la conférence de Bandung, en Indonésie, en 1955, réunissant six pays africains et vingt-trois pays asiatiques, qui marquera visiblement l’entrée en scène des pays du Sud global.

Mouvement des non-alignés

Puis les discussions se sont poursuivies, non sans échapper aux prises de position plus radicales des pays communistes.

Et à Belgrade, dans la Yougoslavie du maréchal Tito, en septembre 1961, fut fondé officiellement le Mouvement des non-alignés (MNA), regroupant vingt-cinq pays. Nombre qui atteindra soixante-quinze lors de la conférence d’Alger, en 1973, soit la moitié du globe.

C’est à l’intérieur de ce forum que la jeune Cuba révolutionnaire réussit à imposer ses critères plus radicaux. Mais, à la longue, le courant modéré s’imposa. Toujours le MNA refusa de prendre parti pour un ou l’autre des deux blocs.

« Aujourd’hui, le MNA regroupe 121 membres et n’hésite plus à se présenter comme la voix autorisée du Sud. »

Définitions

Mais qu’est-ce que le Sud global ? demanderez-vous. Le chercheur Parick Peritore avance une définition : « Le terme “Sud global” est un nouvel usage qui remplace celui de “Tiers-Monde” pour désigner les pays en développement qui dépendent du Nord global riche et à la pointe de la technologie. »

Pour d’autres, c’est la partie du monde qui a connu le plus de bouleversements politiques, sociaux et économiques et qui doit affronter les plus grands défis : pauvreté, déplacements et diaspora, dégradation de l’environnement, violations des droits de la personne, guerre, faim, épidémies, etc.

Que revendique le Sud global ? D’avoir sa place au soleil. Une meilleure répartition de la richesse. L’adhésion de certains pays membres au Conseil de sécurité de l’ONU.

Leur ennemi commun ? Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM), deux institutions qui jouent un rôle néfaste dans l’endettement des pays du Sud global.

Quatre grands pays ont favorisé l’essor du Sud global : la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Leur population jeune et dynamique représente 85 % de la population mondiale. Leur part du PIB mondial est en pleine croissance.

En 2025, la Chine oscillait entre la première et la deuxième position des puissances mondiales, tandis que l’Inde occupait la sixième position.

En conclusion, en fonction des aléas de la politique internationale depuis les vingt-cinq dernières années, le non-alignement s’est transformé en multialignement.

« Il fut un temps où les États du Sud, ceux que l’on appelait “du tiers-monde”, suscitaient pitié ou mépris. » Aujourd’hui, on peut affirmer, sans craindre de se tromper, que « c’est le Sud global qui déterminera l’orientation de l’ordre mondial ».

Photo fournie par Éditions Somme toute/Le Devoir

Le Sud global – Acteur d’un nouvel ordre mondial
Jocelyn Coulon, Nabil Jaafari et Malik M’silti
Éditions Somme toute/Le Devoir
192 pages

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