En huit ans, le gouvernement caquiste a multiplié les chantiers sur la protection de l’eau sans vraiment les mener complètement à terme. Sur le terrain, l’enthousiasme des débuts a laissé place à des espoirs déçus.
Compressions budgétaires, manque de courage politique, lourdeur de la machine administrative... plusieurs raisons expliquent le bilan caquiste.
« Benoit Charette [ministre de l’Environnement jusqu’en avril dernier] connaissait ses dossiers, il argumentait, il faisait avancer des choses, explique le DG de la Fondation Rivières, André Bélanger. Puis, la switch s’est mise à off... il n’y croyait plus. »
Le Journal de Montréal publie aujourd’hui son grand dossier sur l’état de nos lacs, comme chaque année depuis 2019. En réaction à certains reportages, le ministre s’était engagé à faire de la protection des berges et de l’accès à celles-ci une priorité.
La Fondation Rivières, grâce aux travaux de deux chercheurs, a révélé l’an dernier que 98 % des plans d’eau au Québec étaient encore inaccessibles. Dans les Laurentides, qui comptent 2109 lacs, seulement 1 % est accessible.
« C’est assez catastrophique », soupire M. Bélanger.
La CAQ a bien modifié une loi obligeant les MRC à recenser les plans d’eau d’intérêt sur leur territoire, mais sans imposer d’obligation d’accès. « Le problème est qu’ils ne sont pas allés jusqu’au bout », déplore M. Bélanger.
Le refus des fonctionnaires du ministère de l’Environnement d’établir de véritables indicateurs de performance a aussi miné le Plan national de l’eau, nous signalent plusieurs sources.
« Une grande déception »
La CAQ a créé le Fonds bleu, une « transformation majeure » pour mieux coordonner et encadrer la protection de l’eau.
C’est une bonne initiative, insiste Rebecca Pétrin, DG d’Eau Secours. « Mais à la fin du mandat, il y a eu de l’effritement à bien des égards [...] J’ai senti que les enjeux d’eau étaient moins importants et prioritaires. »
Mathieu Madison, président du CA du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, abonde dans le même sens.
« Ça avait bien commencé mais ce fut en deçà des attentes », croit-il.
L’enveloppe de 550 M$ tarde à être distribuée, notamment à cause de délais de consultation et d’approbation, reconnaît le cabinet de la ministre de l’Environnement.
« Les problèmes rencontrés lors de la première année ont également entraîné des répercussions lors de la seconde année 2025-2026 », explique Méganne Joyal, conseillère aux communications du cabinet.
Elle reconnaît aussi que les compressions budgétaires imposées à l’ensemble des ministères ont pesé dans la balance.
« On est passé d’un programme avec une vision à du financement à la pièce sans vision [...] c’est une grande déception », dit André Bélanger.
Dans la dernière année, le programme de surveillance Enviro-Plage a été aboli, des coupes ont touché le Réseau-rivières, et 29 techniciens de laboratoire ont quitté leurs fonctions – dont la moitié dans les équipes d’analyses de l’eau. Même si le nombre de lacs surveillés a augmenté pour frôler la cible de 1000, le nombre d’analyses de la qualité de l’eau a diminué.
« Toutes les compressions sont arrivées après la sortie du Plan national de l’eau... C’est un drôle de timing», illustre M. Madison.
Confusion sur la protection des lacs
Des associations de lacs sont encouragées par la création d’une table québécoise d’expertise et d’organisme relais, qui pourra les accompagner dans leur mission. Elles voient aussi d’un bon œil que le ministère prenne en charge une grande partie des frais d’analyses de la qualité de l’eau.
« Mais parallèlement, il y a des coupures donc ça génère de la confusion et de l’incertitude auprès des associations », explique Mélissa Laniel, coordonnatrice pour le RAPPEL, une coopérative de protection de l’eau.
« On espère que ça va rentrer dans l’ordre parce que le Réseau de surveillance volontaire des lacs est un joyau au Québec, dit-elle. Il faut être clair quant à ce qui doit être fait pour s’assurer que les bénévoles se sentent en confiance et maintiennent leur adhésion et la mobilisation. »
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