Nos routes sont toujours en déroute, comme le montre bien le dossier de mes collègues Marc-André Gagnon et Patrick Bellerose.
Pourtant, il y a 20 ans bientôt, l’effondrement subit d’un viaduc à Laval faisait cinq morts, six blessés et lançait le Québec dans une profonde réflexion sur l’état de nos infrastructures.
L’affaire eut des répercussions énormes. Le gouvernement Charest, qui avait promis en 2003 une réingénierie de l’État, donc une réduction de sa taille et de sa présence dans la société, allait changer d’orientation : il fallait réinvestir dans la réfection des infrastructures, ajouter des fonctionnaires au MTQ, etc.
Dès début octobre, il lançait une grande commission d’enquête présidée par Pierre-Marc Johnson, pour se pencher sur les « causes et les circonstances » de l’effondrement.
Une des recommandations revenait à prôner un réinvestissement massif par Québec qu’il fallait voir comme « une occasion extraordinaire de maîtriser les savoirs, de développer la recherche et de créer des technologies et techniques de pointe ».
Devenu minoritaire en mars 2007, le gouvernement Charest y vit une occasion pour redorer son image. On multiplia dans l’année qui suivit les annonces sur les infrastructures. Des milliards furent annoncés.
À qui la faute ?
Il est quand même incroyable que 20 ans plus tard, les routes du Québec nous semblent toujours aussi atroces. Peut-être même pire que jamais. Les viaducs sont peut-être moins dangereux, mais le déficit du maintien des actifs en est à 24,5 milliards de $. Soit 12 milliards $ de plus qu’à l’arrivée de la CAQ au pouvoir, et malgré une augmentation gargantuesque du Programme québécois des infrastructures.
À qui la faute donc, pour ce ratage, depuis 20 ans ?
- Au milieu de la construction, qui a vu dans les milliards annoncés par Québec une occasion pour faire fortune ? En bâclant le travail ? En trichant ? Quelques années seulement après les grandes annonces du gouvernement Charest, les histoires de collusion et corruption se multiplièrent. Ce qui nous a conduits à la commission Charbonneau.
- Au manque d’expertise au ministère des Transports, victime du syndrome des portes tournantes, c’est-à-dire d’un va-et-vient entre le MTQ et les entreprises de construction ?
- Au trop grand nombre de kilomètres de routes par habitant au Québec ? En 2019, nous citions dans nos pages Guy Bergeron, un expert en chaussées : « Avec seulement huit millions d’habitants, le Québec doit gérer un réseau de plus de 30 000 km, l’un des plus vastes d’Amérique du Nord. » Le ratio de contribuables par kilomètre de route était donc beaucoup moins favorable au Québec qu’en Ontario par exemple. Et évidemment moins qu’en Europe. Et depuis, notre réseau routier n’a pas cessé de croître.
Promesse... de ne pas promettre !
Pourtant, à chaque élection, chaque parti promet des bouts de route. Même Québec solidaire a appuyé en 2018 l’allongement de l’autoroute 20 au Bas-Saint-Laurent.
Peut-être qu’en 2026, il faudrait lancer le défi à nos politiciens de ne promettre désormais que de l’entretien. Aucun allongement de route. Il semble déjà impossible de maintenir en état tout ce que nous avons.
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2 weeks ago
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