Ne me parlez pas d’autre chose que de santé dans cette campagne électorale!

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OTTAWA | Chaque fois qu’un politicien parle d’autre chose que de la santé dans cette campagne électorale, ma pression artérielle monte d’un cran. 

Un bonbon par-ci, un crédit d’impôt par-là. Des milliards en promesses, dont la plupart ne se réaliseront jamais.

Peut-on revenir à la base, 30 secondes ? Comme soigner les gens dans une province où les taux d’impôt sur le revenu sont environ deux fois ceux de l’Ontario ?

Donald Trump représente peut-être une menace existentielle pour des pans de notre économie. Mais des centaines de milliers de Québécois font face chaque jour à la menace non moins existentielle d’un système de santé qui s’écroule sous nos yeux.

Un système devenu une honte monumentale et nous sommes tous là à faire semblant que c’est normal. Avons-nous à ce point normalisé notre propre médiocrité ?

Honteux

J’admets ne pas être un expert du système de santé québécois. Je me demande toutefois si quelqu’un, quelque part, sait ce qui cloche et a des solutions pour aider les gens à obtenir des soins décents en temps opportun.

Nous y allons de réforme en réforme et c’est toujours, en 2026, un énorme bordel.

Mais lorsqu’il est question de santé, les conséquences d’un système dysfonctionnel et bureaucratique sont carrément déshumanisantes.

C’est particulièrement vrai en Outaouais, mon lieu de résidence, comme le rapportait La Presse vendredi.

C’est ici, à Gatineau, que j’ai amené ma conjointe, originaire de Toronto. Et je dois le dire franchement, j’ai parfois très honte.

Ça fait mal au fier Québécois que je suis.

Honte parce qu’après deux ans et demi sur la liste d’attente, elle n’a toujours pas de médecin de famille.

Honte puisqu’elle n’a accès à aucune véritable clinique sans rendez-vous.

Honte parce que si elle perd patience et va voir un médecin en Ontario, elle doit souvent payer de sa poche avant de réclamer un remboursement à la RAMQ, qui s’avère être une fraction de ce qu’elle a déboursé.

Le Québec est la seule province à ne pas participer à l’entente pancanadienne de facturation réciproque des services médicaux.

Résumons : nous payons une fortune en impôts, sans recevoir les services nécessaires, et on doit payer de notre poche si on obtient des soins ailleurs.

Plusieurs cliniques d’Ottawa refusent maintenant les patients québécois. Trop de paperasse, trop compliqué, et elles sont elles-mêmes débordées.

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai perdu mon propre médecin de famille du côté ontarien l’an dernier, dans la clinique de mon alma mater, l’Université d’Ottawa.

Ma conjointe pensait avoir le Graal à portée de main en mai lorsqu’elle a reçu une lettre lui indiquant qu’on lui avait trouvé un médecin de famille.

Lorsqu’elle a téléphoné à la clinique en juillet, on lui a annoncé qu’elle ne s’était pas manifestée assez rapidement.

Pourtant, la lettre de la RAMQ soulignait explicitement que la « prise en charge sera officialisée lors de votre première visite » et qu’elle n’avait plus de formulaire d’inscription à retourner.

Désolé, trop tard, retour à la case départ.

Soigner le monde

Ne me parlez pas du 811 ou du Guichet d’accès à la première ligne, censé avoir remplacé les cliniques sans rendez-vous.

On a passé deux heures avant de parler à un préposé, qui nous a dit qu’un rendez-vous allait nous être offert dans les deux ou trois prochains jours.

Nous attendons encore.

La lettre reçue en mai vantait pourtant la volonté du gouvernement « d’augmenter la prise en charge et de faciliter l’accès à des soins de santé » pour des centaines de milliers de Québécois.

Mon œil.

Il y a huit ans, la CAQ avait promis de donner un coup de barre.

Le résultat est lamentable.

L’Outaouais manque d’environ 300 médecins pour atteindre la moyenne québécoise. La région figure toujours parmi les pires pour les délais aux urgences.

Alors, de grâce, ne me parlez pas d’autre chose que de santé.

Avant les bonbons, les crédits d’impôt et les milliards de promesses, il faudrait peut-être commencer par être capable de soigner le monde.

Il manque 300 médecins en Outaouais. Les temps d’attente à l’urgence de l’hôpital de Hull sont parmi les pires au Québec.

Il manque 300 médecins en Outaouais. Les temps d’attente à l’urgence de l’hôpital de Hull sont parmi les pires au Québec. Photo Agence QMI

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