Est-ce que « tapisser la province de pancartes électorales » a un aussi gros impact environnemental que l’utilisation d’ustensiles et de pailles en plastique, comme le prétend l’entrepreneur Guillaume Abbatiello ? Pas vraiment, répondent des experts.
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« Les personnes qui nous demandent de manger nos poutines avec des fourchettes en bois et de boire nos breuvages avec des pailles en papier sont en train de tapisser la province de pancartes électorales », a dénoncé l’entrepreneur et copropriétaire de plusieurs chaînes de restaurants Guillaume Abbatiello dans une publication Facebook, lundi.
« Je suis entièrement [sic] pour qu’on fasse attention à l’environnement, mais avouez qu’il y a quand même une certaine incohérence », a-t-il ajouté.
Selon le directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets Karel Ménard, ce n’est pas une comparaison réaliste.
« Les campagnes électorales, c’est aux quatre ou cinq ans, alors que les restaurants, c’est tous les jours, le plastique à usage unique », soutient-il.
« C’est un peu pousser loin le bouchon de dire que d’un côté, on bannit certains types de plastique, mais qu’on permette d’autres objets en plastique qui ont une durée de vie limitée, mais sur laquelle on peut travailler », ajoute M. Ménard.
En 2022, Ottawa a interdit certains items en plastique à usage unique, comme les sacs, les pailles et les ustensiles, dans le but de protéger la faune. Il ne s’agit donc pas d’une politique mise en place par le pallier provincial, qui est en période électorale présentement.
Des alternatives possibles
Même si l’expert en gestion des matières résiduelles Gregory Pratte trouve que les propos de Guillaume Abbatiello sont un « stretch », il convient que le Québec pourrait s’améliorer.
« Je me suis moi-même questionné sur la pertinence d’avoir autant d’affiches.
On met de la pub dans les journaux, sur les réseaux sociaux, il y a des campagnes nationales et des articles en ligne sur les candidats. Je pense qu’on a plusieurs autres moyens d’intéresser les gens [que les affiches] », soutient-il.
Karel Ménard souligne que les partis politiques pourraient réduire leur utilisation de plastique en optant pour des pancartes faites à partir d’autres matériaux.
En Europe, les affiches électorales sont faites de carton, puis recouvertes d’un plastique recyclable, indique-t-il. Certains pays optent plutôt pour des affiches composées de fibres naturelles.
Gregory Pratte suggère de coller une pellicule plastique avec les informations du candidat sur un panneau que l’on pourrait réutiliser plusieurs fois.
Plusieurs personnes sous une publication Reddit à ce sujet mentionnent que les pancartes électorales sont souvent réutilisées pour du matériel éducatif par des enseignants ou des éducateurs à la petite enfance.
Même si Karel Ménard salue l’initiative, il estime que c’est une fausse bonne idée. « Je pense que c’est un peu un cadeau empoisonné parce que ça fait en sorte que les candidats s’en lavent les mains. »
Aussi, une fois les bricolages complétés, les matériaux devraient aller aux poubelles parce qu’ils ne seraient pas acceptés dans les bacs de récupération.
Certains écocentres et centres de tri reprennent les pancartes électorales, qui peuvent notamment être utilisées dans la fabrication de mobilier urbain, comme des bancs de parc.
Karel Ménard offre un conseil à ceux qui se présentent à des élections : « Avant de mettre les pancartes, c’est comme avant d’acheter quelque chose au magasin, il faut déjà savoir ce qu’on va faire avec à la fin de leur vie utile. »
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