Le Québec subit sa pire épidémie de tordeuses d’épinette en 50 ans

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Le Québec connaît actuellement sa pire épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette en 50 ans, alors que 17,6 millions d’hectares de forêt ont été ravagés en 2025 par ces insectes.

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« On ne peut pas empêcher la progression de la tordeuse mais on tente de limiter ses effets sur l’industrie forestière », affirme l’entomologiste Pierre Therrien, du ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec.

Les trois régions les plus ravagées présentement sont le Saguenay–Lac-Saint-Jean (3,8 millions d’hectares touchés), l’Abitibi-Témiscamingue (3,7 millions d’hectares) et l’Outaouais (2 millions d’hectares). Plusieurs autres régions sont par ailleurs touchées par la chenille gourmande.

Des photos aériennes obtenues par Le Journal révèlent notamment que l’épidémie ravage aussi des forêts dans le nord de la région de Lanaudière.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette fait des ravages dans les forêts québécoises, cet été, comme en témoignent des photos aériennes prises au nord de la région de Lanaudière le dimanche 19 juillet 2026.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette fait des ravages dans les forêts québécoises, cet été, comme en témoignent des photos aériennes prises au nord de la région de Lanaudière le dimanche 19 juillet 2026. Photo LE JOURNAL DE MONTRÉAL

Depuis 2010, le nombre d’hectares ravagés a beaucoup augmenté.

  Source: Ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec 

Pour illustrer l’ampleur des dégâts, la superficie touchée est équivalente à l’État de la Floride.

Défoliation causée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Québec en 2025.

Défoliation causée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Québec en 2025. Capture d’écran, ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec

Une chenille qui ravage

La tordeuse est une chenille qui se transforme en petit papillon de nuit gris. Dès son éclosion au printemps, elle se régale des bourgeons de sapins et d’épinettes, ce qui les fait mourir après quelques années.

À l’état de papillon, la tordeuse des bourgeons de l’épinette n’est plus un danger, mais ses œufs provoqueront des désastres au printemps suivant.

À l’état de papillon, la tordeuse des bourgeons de l’épinette n’est plus un danger, mais ses œufs provoqueront des désastres au printemps suivant. Photo tirée du site web, Ressources naturelles Canada

Parvenues à maturité, les chenilles font place à des milliards de papillons qui se déplacent d’une forêt à l’autre, supprimant des peuplements entiers de conifères. Les nuées d’insectes sont si denses que les radars météo les détectent aussi clairement que des nuages de pluie.

On a vu de telles migrations passer du Québec vers Terre-Neuve ou de l’Ontario vers l’Abitibi.

Pour les experts, la situation actuelle n’est pas une surprise, car la tordeuse des bourgeons de l’épinette est présente dans nos forêts depuis des millénaires.

Une forêt québécoise ravagée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Une forêt québécoise ravagée par la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Photo fournie par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts

« Le papillon est discret pendant plusieurs années avant de connaître une explosion démographique qu’on a encore du mal à comprendre », explique Véronique Martel, entomologiste à l’emploi de Ressources naturelles Canada.

Elle mène plusieurs travaux de recherche sur le terrain pour mieux comprendre sa dispersion et ses stratégies d’adaptation. Le réchauffement climatique pourrait favoriser sa propagation nordique.

Écologiste mécontent

Pour le militant écologiste Henri Jacob, l’approche favorisée par Québec en faveur de l’industrie forestière pourrait contribuer à la progression des épidémies.

L’Abitibien Henri Jacob est cofondateur de l’Action boréale et cofondateur du Réseau québécois des groupes écologistes.

L’Abitibien Henri Jacob est cofondateur de l’Action boréale et cofondateur du Réseau québécois des groupes écologistes. Photo fournie par Henri Jacob

« L’industrie forestière profite de l’épidémie pour raser nos forêts », déplore le fondateur de l’Action boréale. Joint à Val-d’Or par Le Journal, il mentionne que les coupes agressives autorisées par l’État ne sacrifient pas seulement le sapin baumier, mais aussi de belles populations d’épinettes noires beaucoup moins touchées par le ravageur.

Il s’était porté à la défense d’un boisé exceptionnel à la dernière épidémie pour éviter un désastre, la forêt Piché-Lemoine, et avait réussi à le sauver.

Au bureau du forestier en chef, on ne cache pas que la rentabilité de l’industrie forestière est le critère principal pour autoriser les coupes.

« Nous tenons en compte l’évolution de l’épidémie de tordeuses dans nos prévisions », soutient Jean Girard, directeur du calcul et des analyses.

Plus de tordeuses, plus de feux

Les millions d’hectares de forêt attaqués par la tordeuse des bourgeons de l’épinette créent une situation propice aux feux de forêt qui font rage au nord du Québec.

« En asséchant le tronc et les branches, la tordeuse transforme l’arbre en combustible », explique Antoine Roy, ingénieur forestier à Saguenay. Il a noté une progression de l’infestation au nord de sa région et au Lac-Saint-Jean.

Cette situation ne serait toutefois pas aussi critique qu’elle peut paraître, car, en permettant la régénération des forêts, les épidémies font de la place aux jeunes pousses, moins susceptibles de s’enflammer.

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