Le premier projet d'élevage industriel de pieuvres au monde abandonné (un peu grâce à la SPCA de Montréal)

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La mobilisation de dizaines d’organismes internationaux – dont la SPCA de Montréal – a permis d’avorter ce qui allait devenir le premier élevage commercial de pieuvres au monde. L’entreprise espagnole Nueva Pescanova a renoncé au projet jugé cruel pour les animaux à la fin du mois de juillet.

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« L’élevage de pieuvres qui avait le plus de chance de voir le jour a échoué. Ça envoie le message que l’implantation de cette industrie sera difficile à justifier et à réaliser dans le futur », lance la responsable de la défense des animaux à la SPCA de Montréal, Émilie-Lune Sauvé. 

Le projet a été lancé en mai 2021 par la multinationale espagnole Nueva Pescanova. Elle était alors en voie de construire aux îles Canaries la première « mégaferme » de pieuvres au monde. 

E/V Nautilus (Supplied by WENN.com) 

« Le processus était assez avancé », précise Mme Sauvé. 

Jusqu’à ce que le projet soit avorté par l’entreprise elle-même, le 23 juillet dernier. 

Nueva Pescanova assure que la décision est « exclusivement » d’ordre « commercial et réglementaire ». 

Prévenir une industrie controversée

Pour Émilie-Lune Sauvé, elle serait plutôt le fruit d’une mobilisation internationale depuis cinq ans de dizaines d’organismes à but non lucratif (ONG), de scientifiques et de centaines de milliers de citoyens qui n’ont pas hésité à lever un drapeau rouge. Plusieurs drapeaux rouges, en fait. 

Parmi les ONG : la SPCA de Montréal. 

En 2023, l’organisation déposait à la Chambre des communes une pétition demandant au gouvernement libéral de Justin Trudeau d’interdire l’importation des produits de l’élevage industriel de pieuvres, ainsi que tout projet de ferme au pays. 

Le document a récolté quelque 17 300 signatures. 

« Le gouvernement canadien a été interpellé sur la question dans l’espace public, sans offrir une réponse satisfaisante. Ça démontre tout de même une volonté à l’internationale de prévenir cette industrie avant même qu’elle ne soit installée », souligne Mme Sauvé, qui a lancé la pétition. 

Surpêche, cannibalisme et choléra

Depuis cinq ans, nombre de rapports ont exposé les problèmes éthiques, environnementaux et de santé publique liés à la production de pieuvres à grande échelle. 

« Le milieu scientifique était préoccupé par le bien-être des pieuvres, confinées dans de petits bassins, parce que ce sont des animaux solitaires, intelligents et carnivores », explique la directrice à la SPCA de Montréal. 

Un tel environnement génère du stress, de l’agressivité et même du cannibalisme entre ces animaux marins. 

Une ferme expérimentale du Yucatán gérée par l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) observe par ailleurs un taux de mortalité de plus de 50 % des spécimens en captivité. 

Dans celle de Nueva Pescanova, l’abattage d’un million d’animaux aurait été nécessaire pour assurer la production annuelle de 3000 tonnes de chair ciblée par la multinationale. 

« L’élevage aurait créé de la pression sur les écosystèmes marins. Les pieuvres peuvent manger jusqu’à trois fois leur poids chaque jour. Il aurait donc fallu pêcher près de 28 000 tonnes de poissons par année pour les nourrir », signale Émilie-Lune Sauvé. 

Elle note également les risques de santé publique liés à cette industrie. 

« Les pieuvres sont des vecteurs du choléra, et les élevages industriels sont des incubateurs à bactéries », résume-t-elle. 

Les fruits de mer –– dont la pieuvre — peuvent en effet agir comme réservoirs environnementaux de la bactérie Vibrio cholerae à l’origine de la maladie. La contamination humaine survient lorsque le produit n’a pas été cuit à cœur. 

Une consommation en hausse

La demande de chair de pieuvre ne cesse pourtant de croître à travers le monde. 

La consommation était huit fois plus élevée en 2018 qu’elle ne l’était en 1950, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et la pêche frôle désormais les 400 000 tonnes par année. 

AFP 

Malgré l’appétit grandissant pour le céphalopode — la classe de mollusques dont fait partie la pieuvre —, plusieurs législations travaillent à interdire les élevages industriels pour des raisons éthiques. 

Un rapport indépendant de la London School of Economics and Political Science (LSE) de 2021 conclut en effet que les pieuvres et autres céphalopodes sont des êtres sensibles capables d’éprouver la douleur et la détresse. 

« Elles sont depuis protégées par l’Animal Welfare Act qui régit les droits des animaux au Royaume-Uni », précise Émilie-Lune Sauvé. 

Devant ce constat, l’État de Washington est devenu le premier territoire mondial à interdire l’élevage industriel de pieuvres, en mars 2024, suivi par la Californie en septembre de la même année. 

Un projet de loi similaire est également en voie d’être sanctionné dans l’État de New York. Il ne manque que la signature officielle de la gouverneure Kathy Hochul. 

Le Chili et le Mexique travaillent aussi sur le dossier des fermes de céphalopodes. Si une loi est adoptée, ils deviendraient les premiers pays d’Amérique latine à les bannir sur leur territoire. 

« Si les États-Unis commencent à légiférer, il me semble que Canada devrait aussi se pencher sur le dossier », conclut Émilie-Lune Sauvé de la SPCA de Montréal.

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