Le 11 septembre 2001: dans les coulisses du bureau du premier ministre du Québec

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Même 25 ans plus tard, chacun a « son » 11 septembre 2001 en mémoire. On se souvient tous d’où l’on était. Impossible aussi d’oublier les images brutales du World Trade Center réduit en poussière en plein cœur de New York.

Ce matin-là, je suis à l’édifice d’Hydro-Québec, au bureau montréalais du premier ministre Bernard Landry. Depuis avril, je suis conseillère spéciale à son invitation. Pour ma nouvelle fonction, ma carrière de journaliste est mise sur pause.

Dans une petite salle beige sans fenêtres, pendant que M. Landry fait sa marche rapide à Verchères, c’est notre réunion habituelle avec le chef de cabinet.

Alors qu’on discute, une secrétaire ahurie ouvre la porte. Elle nous informe qu’un avion vient de percuter l’une des deux tours du World Trade Center. À 9 h 03, un avion s’engouffre dans l’autre tour.

Le vol 175 d’United Airlines, détourné après son départ de Boston, s’écrase contre la tour sud du World Trade Center et explose à 9 h 03, le 11 septembre 2001, à New York.

Le vol 175 d’United Airlines, détourné après son départ de Boston, s’écrase contre la tour sud du World Trade Center et explose à 9 h 03, le 11 septembre 2001, à New York. AFP

Ce n’est plus un accident. C’est un attentat terroriste annonciateur d’une menace montante contre l’Occident venue de mouvements djihadistes d’une violence implacable.

Dans notre bureau, il faut agir. Le fond de l’air est lourd. Pas le temps de pleurer ou d’avoir peur. Pendant qu’on attend le premier ministre, il faut se faire une tête.

Par miracle

Avec mon collègue Daniel Amar, conseiller aux affaires internationales et aujourd’hui directeur général du Musée de l’Holocauste de Montréal, on s’active.

Les conseillers Daniel Amar et Josée Legault au bureau du premier ministre en octobre 2001.   PHOTO FOURNIE PAR JOSÉE LEGAULT

Les conseillers Daniel Amar et Josée Legault au bureau du premier ministre en octobre 2001. PHOTO FOURNIE PAR JOSÉE LEGAULT Photo fournie par Josée Legault

À deux, on prépare les lettres de solidarité que M. Landry, au nom du Québec, fera parvenir au président Bush, de même qu’au maire et au gouverneur de New York.

L’équipe, inquiète, s’enquiert de la sécurité de la Mission Québec-New York 2001. Avec sa délégation de créateurs québécois et de journalistes, elle devait ouvrir au pied même des tours jumelles. Par miracle, tous sont vivants.

Le gouvernement coordonne son action pendant que le premier ministre, en après-midi, s’adresse aux Québécois. Les drapeaux du Québec sont mis en berne.

M. Landry est clair. Il faut tout d’abord rassurer la population, particulièrement les communautés culturelles et religieuses qui, ici comme ailleurs, risquent d’être happées par des tensions, des préjugés ou des menaces.

Il téléphone personnellement à certains de leurs leaders. Il leur communique son soutien et promet qu’il verra à leur sécurité.

Le premier ministre du Québec Bernard Landry visite «ground zero» le 29 novembre 2001.

Le premier ministre du Québec Bernard Landry visite «ground zero» le 29 novembre 2001. AFP via Getty Images

En fin de soirée, je rentre chez moi. Je suis vidée. En ouvrant ma télé, mes larmes peuvent enfin couler devant les images apocalyptiques de l’attentat.

Le lendemain, il faut préparer les jours cruciaux à venir. Pour renforcer le message du premier ministre, la décision est prise d’organiser une cérémonie œcuménique publique.

Son objectif est d’honorer la mémoire des victimes du 11 septembre et d’exprimer la longue amitié liant les peuples du Québec et des États-Unis.

Solennelle et déterminante

Réunissant entre autres des leaders de diverses communautés et confessions, elle a lieu le 14 septembre 2001 à l’église St.James United.

L’allocution du premier ministre est solennelle et déterminante pour notre vivre-ensemble.

Le Québec, rappelle-t-il, est une « terre d’exil et d’asile, un refuge heureux pour des gens en quête de paix et de sécurité ». « La diversité ethnique constitue l’une des caractéristiques la plus précieuse de notre nation ».

« Ensemble, unis et réunis, poursuit-il, rien ne pourra altérer l’esprit de solidarité qui nous a toujours animés, ni notre profond respect de la démocratie et des institutions qui l’incarnent. »

Sa conclusion, universelle et clairvoyante, résonne encore aujourd’hui :

« Nous entrons dans une période de profonde turbulence. La peur inspirée par l’insécurité se traduit souvent, dans les émotions collectives, par une forme de xénophobie. Nous devons éviter les amalgames et les généralisations hâtives et abusives. Nous devons être vigilants face à toute manifestation de cette nature. Ne laissons pas les terroristes semer la haine là où ils n’ont pu semer la mort. »

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